RDC : Après le refus du commerce d’ivoire à la CITES, une nouvelle bataille s’ouvre pour la protection des éléphants du bassin du Congo

Kinshasa — Le rejet, une fois de plus, d’une proposition visant à assouplir l’interdiction du commerce international de l’ivoire, lors de la dernière Conférence des Parties à la CITES à Samarcande, marque un tournant décisif pour l’avenir des éléphants en Afrique. Pour la République démocratique du Congo, pays au cœur du deuxième poumon mondial, cette décision ouvre non seulement un débat essentiel, mais surtout une opportunité stratégique : redéfinir la valeur des éléphants autrement que par leurs défenses.

Lors du vote du 29 novembre 2025, une large majorité de pays a repoussé la demande de la Namibie qui souhaitait vendre son stock d’ivoire. Pour de nombreux États africains — dont la RDC — l’enjeu va bien au-delà d’une simple transaction : il s’agit de préserver les progrès obtenus depuis l’interdiction du commerce d’ivoire en 1990, et de tirer les leçons amères des assouplissements passés qui ont systématiquement alimenté les réseaux criminels, provoquant des vagues de massacres d’éléphants à travers le continent.

Dans les forêts denses de l’Équateur, de la Tshuapa ou de la Tshopo, les éléphants de forêt jouent un rôle écologique irremplaçable. Leur présence structure les paysages, favorise la diversité végétale et contribue directement à la séquestration du carbone. Les scientifiques ont démontré que chaque éléphant de forêt augmente le stockage de carbone pour une valeur estimée à plus d’un million de dollars à l’échelle de sa vie — une donnée qui résonne particulièrement fort en RDC, où le pays porte les ambitions mondiales de lutte contre le dérèglement climatique.

Là où les éléphants disparaissent, les forêts du bassin du Congo perdent progressivement leur dynamique naturelle : la lumière change, la densité végétale s’appauvrit, les espèces prolifèrent différemment. Ceux qui parcourent ces forêts sentent immédiatement la différence entre un massif animé par les pachydermes et une zone silencieuse où ils ont été éradiqués. La République démocratique du Congo n’a pas été épargnée par les vagues de braconnage. Entre 2007 et 2015, les réseaux criminels transnationaux ont décimé plus de 70 % des populations d’éléphants de forêt dans certaines zones. Cette criminalité faunique, souvent liée à d’autres trafics, a contribué à l’affaiblissement de l’autorité de l’État, au financement de groupes armés et à la déstabilisation des communautés locales dépendantes du tourisme ou de l’économie forestière durable. Si la Namibie insiste depuis plusieurs années sur la possibilité de vendre ses stocks d’ivoire pour financer sa conservation, la situation rappelle une réalité incontournable pour la RDC :

En RDC, où les politiques climatiques se cherchent encore des financements pérennes, les éléphants représentent une opportunité unique : attraction majeure du tourisme écologique, acteurs essentiels du stockage du carbone, architectes naturels des forêts, symboles culturels qui rassemblent les communautés. C’est cette valeur globale — écologique, climatique, économique et sociale — qu’il faut désormais apprendre à monétiser. Non pas en réouvrant la porte à l’ivoire, mais en développant des mécanismes financiers innovants : crédits carbone liés aux espèces clés, mécanismes REDD+, tourisme communautaire, partenariats public-privé ou encore fonds de conservation pan-africains.

Les experts de la Elephant Protection Initiative (EPI), une alliance de 26 nations africaines, appellent aujourd’hui à une refonte des stratégies de protection des éléphants. Pour la RDC, pays qui abrite l’une des plus importantes populations d’éléphants de forêt au monde, la voix doit être forte et orientée vers l’avenir. Refuser le retour du commerce d’ivoire n’est pas une fin en soi. C’est un signal.
Un point de départ. La RDC doit désormais se positionner comme leader de la conservation climatique, capable d’influencer les politiques régionales, d’innover, et de transformer la protection de l’éléphant en moteur de développement durable.

Par kilalopress

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