Kinshasa : l’Université Protestante au Congo (UPC) remporte la finale des procès fictifs environnementaux organisée par JUREC et décroche 1 200 000 FC

Kinshasa, 2 décembre 2025 – La grande salle du Centre d’Etudes pour l’Action Sociale / CEPAS a vibré ce mardi 2 décembre 2025 au rythme de la finale du projet « Contribuer à l’émergence du droit de l’environnement par l’organisation des procès fictifs », une initiative portée par l’ONG Juristes pour l’Environnement au Congo (JUREC) en partenariat avec le ministère de l’Environnement. Représentants officiels, magistrats, professeurs, avocats, membres de la société civile et une centaine d’étudiants s’y sont retrouvés pour assister à l’ultime confrontation de ce programme académique lancé en juin dernier.

Depuis son lancement le 5 juin 2025, à l’occasion de la Journée internationale du droit de l’environnement, l’initiative a sillonné dix universités de Kinshasa avec une idée simple mais ambitieuse : rapprocher les futurs juristes du droit de l’environnement et des réalités du contentieux écologique, encore trop rare dans les tribunaux congolais. Le président du conseil d’administration de JUREC a rappelé d’entrée de jeu que « la rigueur juridique environnementale constitue le socle d’une gouvernance durable » et que l’intégration tardive de cette discipline dans les programmes universitaires explique encore la méconnaissance du sujet dans les milieux judiciaires. « Former la jeunesse, c’est préparer la RDC à faire face aux défis qui arrivent », a-t-il insisté devant un auditoire attentif.

Pour la finale, les deux équipes retenues – l’UCC et l’UPC – ont débattu d’un cas inspiré d’un incident réel survenu le 8 novembre 2025 : la rupture d’une géomembrane dans le bassin de rétention des eaux usées de la société minière Libobi Mining International (LMI), filiale du groupe suisse Kungu Cobalt Co. Ltd. L’accident avait entraîné une pollution majeure, envahissant les quartiers environnants d’eaux toxiques, provoquant des irritations respiratoires, la mort de poissons dans la rivière Limpoko et suscitant des inquiétudes croissantes sur la contamination des nappes phréatiques. La communauté locale de Mondongo, représentée par les étudiants, accusait l’entreprise de négligence, tandis que la défense tentait d’imputer l’incident à une simple « erreur technique ». Mais dans le dossier, une enquête du ministère des Mines rappelait déjà la responsabilité établie de l’entreprise et les sanctions qui avaient suivi. La salle a suivi avec intensité cette confrontation, marquée par la finesse des arguments, l’usage rigoureux des textes juridiques et la solidité des plaidoyers.

Présent à la cérémonie au nom de la ministre de l’Environnement, le représentant du Secrétaire général a salué un exercice « essentiel pour préparer la RDC à se doter d’une expertise solide », soulignant avec enthousiasme que cinquante étudiants ayant participé aux différentes étapes du projet sont désormais « prêts à entrer dans le monde professionnel ». Il a rappelé que la RDC dispose déjà de lois et conventions internationales en matière environnementale, mais que leur application reste trop souvent freinée par le manque de spécialistes formés.

C’est dans ce contexte que Félix Credo Lilakako Malikuka, coordonnateur fondateur et président du Conseil d’administration de JUREC, a livré une impression générale à la fois enthousiaste et lucide sur l’avenir du programme. Pour lui, cette première édition est à la fois « une grande satisfaction » et « un défi ». Satisfaction, car l’initiative lancée en juin a permis de former et d’accompagner dix étudiants jusqu’à cette finale, offrant ainsi au pays de jeunes juristes désormais sensibilisés et mieux préparés aux enjeux environnementaux. Défi, parce que les problématiques écologiques dépassent largement Kinshasa et appellent une extension du projet dans les provinces les plus touchées.

Il souligne que les dommages environnementaux se multiplient — pollution de l’eau, mauvaise gestion des déchets, violations des droits humains — alors que les juristes formés pour documenter et traiter ces cas restent rares. Pour JUREC, cette initiative est donc « une contribution » destinée à préparer une génération capable de réfléchir, d’agir et de réguler efficacement les questions environnementales, avec l’ambition d’arriver un jour à voir se tenir en RDC de véritables procès en matière de criminalité environnementale. L’étape suivante, affirme-t-il, consistera à élargir le programme dans d’autres provinces afin de constituer, à travers le pays, un réseau solide de juristes spécialisés en droit de l’environnement, capables d’appuyer les institutions et les initiatives nécessitant une expertise juridique.

Le jury, composé de magistrats, professeurs et avocats, a salué la maturité et le degré d’engagement des étudiants finalistes. Un magistrat de la Haute Cour a résumé le sentiment général : « On sent un engagement réel. Ils ont compris que juger un écocide n’est pas un exercice théorique. » Les applaudissements nourris qui ont suivi la fin des plaidoiries témoignaient de l’intensité du moment.

La cérémonie s’est conclue par la remise des brevets aux finalistes et aux participants, dans une ambiance mêlant fierté et émotion. Les lauréats ont reçu leurs attestations des mains du représentant du ministère, entouré de l’équipe de JUREC. Pour ces jeunes juristes, cette reconnaissance marque plus qu’une réussite académique : c’est le signe tangible qu’une nouvelle génération de défenseurs du droit de l’environnement est en train d’émerger en République démocratique du Congo.

Par kilalopress

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