RDC : Famine sous assistance – quand l’Ukraine veut sauver l’agriculture congolaise

Kinshasa, août 2025 — Pendant que les paysans congolais crèvent de faim sur des terres bénies des dieux, voilà que la République démocratique du Congo se tourne vers un pays en guerre, l’Ukraine, pour envisager une « coopération agricole stratégique et solidaire ». L’ironie ne pouvait être plus cinglante.

C’est dans les salons feutrés de Kinshasa que le ministre de l’Agriculture, Mohindo Nzangi, a rencontré l’ambassadeur ukrainien, Vasyl Hamiamin. Objectif : parler de céréales, de technologies agricoles, d’engrais, et même d’huile alimentaire. Oui, vous avez bien lu. De l’huile. À importer. En RDC. Pays où chaque territoire ou presque regorge de palmeraies à l’abandon, de pressoirs rouillés, et de paysans sans débouchés.

Et pourtant, sur le terrain, les agriculteurs congolais continuent de cultiver à mains nues ou presque. Ils sèment sans semences améliorées, faute d’une politique semencière digne de ce nom. Ceux qui possèdent encore quelques variétés locales les partagent entre voisins, comme dans les temps anciens, pendant que le ministère se perd dans des schémas de coopération souvent déconnectés des réalités du terrain.

Quant aux tracteurs que le gouvernement dote parfois aux provinces, ils arrivent en fanfare, camions bâchés et promesses plein les discours. Mais très vite, ces machines deviennent les trophées privés de politiciens locaux, stationnés dans leurs concessions, hors de portée des paysans. Les coopératives agricoles, quand elles existent, n’ont ni carburant, ni mécanicien, ni accès régulier à ces outils, parce que l’appui gouvernemental est conditionné… à l’appartenance politique, ou à l’argent. Le crédit agricole est devenu un luxe, et le soutien technique un mirage.

Pire encore, ceux qui cultivent la terre doivent souvent la défendre contre l’appétit grandissant des puissants. Dans plusieurs coins du pays, des terres paysannes sont grignotées, accaparées par des projets miniers, des plantations industrielles ou des barons locaux qui imposent leur loi. Les petits producteurs n’ont ni titres fonciers, ni soutien juridique. Ils se font expulser sans recours, pendant que des hectares de monocultures s’étendent à l’horizon, gardées par des milices privées.

Et comme si cela ne suffisait pas, les femmes qui sortent du champ avec leur panier de légumes sur la tête doivent encore franchir des barrières illégales, tenues par des agents de l’État en uniforme ou des coupeurs de routes reconvertis. Chaque sac de manioc, chaque régimes de bananes, chaque bol de haricots, est taxé. Pas une taxe officielle, non. Une « taxe de passage », souvent imposée au bon vouloir d’un homme armé, sur une route défoncée, sans pont ni signalisation.

Car voilà le cœur du problème : les routes de dessertes agricoles n’existent pas ou ne sont plus entretenues. Les acheteurs ne viennent plus au village, les produits pourrissent sur place. Résultat ? Ce sont les marchés urbains qui fixent les prix, et les paysans les subissent, la peur au ventre de rentrer avec leur récolte invendue. Dans ce pays, celui qui produit n’a aucun pouvoir, aucune voix. Les politiques agricoles sont censées relever le monde rural. Mais elles ne profitent souvent qu’aux cabinets ministériels, aux consultants bien placés et aux projets-pilotes sans lendemain. Pendant ce temps, le peuple attend. Les vrais paysans, eux, n’ont que leurs mains, leur terre, et parfois, la colère. Car on ne mange pas des conférences, ni des annonces à la télévision.

On nous promet un accord bilatéral. Une belle initiative sur le papier : transfert de savoir-faire, formation des agriculteurs, développement agroalimentaire… Tout cela dans un pays qui, rappelons-le, ne parvient même pas à sécuriser ses propres routes rurales, ni à garantir l’accès à l’eau ou aux intrants agricoles pour ses producteurs.

L’Ukraine produit des céréales, certes. Mais elle est en guerre. Elle ne nourrit même plus l’Europe comme avant. Et c’est vers elle qu’on se tourne pour “sécuriser” notre alimentation ? C’est un aveu d’échec flagrant. Un de plus. Pendant ce temps, des conteneurs entiers de farine étrangère, de riz asiatique, d’huile pakistanaise ou indonésienne inondent nos marchés. Les prix flambent, la monnaie fond, et l’agriculteur congolais se débat dans un système qui l’étouffe. Et le plus révoltant : selon nos sources à KilaloPress, des centaines de conteneurs remplis de semences, destinés à la RDC, seraient actuellement bloqués dans des entrepôts à l’étranger, faute d’avoir satisfait une commission exigée à l’époque par certaines autorités congolaises. Le partenaire international, qui souhaitait faire don de ces semences pour appuyer la relance agricole, aurait refusé de céder à ce chantage, préférant geler l’opération.

Résultat : des semences vitales dorment dans les ports pendant que nos paysans sèment à la main, au hasard, sans garantie de rendement. Et pendant que les aides internationales, les projets pilotes et les visites diplomatiques s’empilent dans les communiqués officiels, la terre congolaise, elle, attend. Comme ses cultivateurs. Tout cela devient une gigantesque distraction. Un rideau de fumée.

On parle d’autosuffisance. Mais on importe ce que nous savons produire. On parle de solidarité. Mais elle n’existe que dans les communiqués de presse. Ce que les agriculteurs réclament, ce ne sont pas des discours. C’est une politique agricole cohérente, audacieuse, et congolaise. Car il faut le dire clairement : ce n’est pas à l’Ukraine de sauver l’agriculture congolaise. C’est à la RDC de se réveiller.

Par kilalopress

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