Après des années de blocage, l’exportation du bois d’œuvre, communément appelé bois rouge, est de nouveau autorisée au Haut-Katanga. C’est le gouverneur intérimaire, Martin Kazembe, qui en a fait l’annonce lors de la 9ᵉ réunion du Conseil des ministres provincial. Une décision qui tombe comme un soulagement pour certains… et comme un avertissement pour d’autres.
Car derrière les belles formules administratives — « respect des recommandations » et « sécurisation des frontières » — se cache un vieux débat : celui de la gestion opaque et souvent conflictuelle des ressources naturelles congolaises. Cette levée de l’interdiction, en vigueur depuis 2019, remet en jeu un secteur gangrené par le trafic, les abus et la surexploitation. On parle ici de bois précieux, exporté à prix d’or, souvent à vil prix pour l’État, et encore plus pour les communautés locales.
Le bois d’œuvre n’est pas un produit anodin. Il est dur, rare, et donc cher. Il fait tourner les scieries, alimente les marchés asiatiques et européens, et creuse en silence les forêts du Katanga. Sakania, Kasenga, Kambove : trois territoires où les tronçonneuses parlent plus fort que les villageois. Là où les grumes s’entassent, les droits coutumiers s’effondrent. Là où les camions sortent du territoire, les recettes fiscales s’évaporent.
Officiellement, l’interdiction d’exploitation décidée en 2017 reste en vigueur. Mais que vaut une telle mesure si l’exportation est relancée sans un contrôle strict de la filière ? L’Association des Exploitants Forestiers Artisans du Katanga (AEFAKAT) n’a jamais caché sa colère. Elle veut l’abandon total des restrictions. Mais à quel prix ? Celui de la dernière forêt ? Celui du dernier arbre debout dans un village sans école, sans dispensaire, sans route ?
Le gouvernement provincial promet des garde-fous. Un dispositif de contrôle aux frontières. Des recommandations à respecter. On a déjà entendu cela. Trop souvent. La vraie question reste : qui contrôle quoi ? Et surtout, qui profite vraiment de cette levée ?
Pendant ce temps, les populations riveraines, elles, n’ont jamais vu la couleur des millions de dollars générés par cette filière. Pas plus qu’elles n’ont été associées à la décision. Elles observent, impuissantes, les forêts reculer comme les promesses de développement.
Alors, oui, l’exportation du bois rouge reprend. Mais la gouvernance forestière, elle, reste en chantier. Et tant que l’exploitation de nos ressources se fera sans transparence, sans justice sociale, et sans rendre des comptes aux premiers concernés, la relance d’un secteur ne fera que nourrir les inégalités… et les colères à venir.
Par kilalopress