RFO : Une carte pour sauver l’Okapi – Quand la géographie devient un outil de survie

Dans les forêts denses de l’Ituri, au nord-est de la République Démocratique du Congo, l’Okapi — ce cousin discret de la girafe — tente de réapparaître. À Epulu, au cœur de la Réserve de Faune à Okapis (RFO), des individus ont été récemment aperçus. Ce n’est pas encore un miracle, mais c’est un signal : un territoire qui cicatrise lentement peut encore redevenir un sanctuaire. À condition de le protéger. Et aujourd’hui, cette protection passe… par une carte.

Car voilà le paradoxe : pour sauver une réserve naturelle, il faut parfois commencer par tracer des lignes. Celles que l’on appelle des limites foncières. En clair, il s’agit de délimiter précisément l’espace protégé, afin de mettre fin aux occupations illégales, à l’exploitation minière clandestine et à l’empiètement progressif des terres par des populations en quête de survie.

Depuis des années, la RFO vit sous tension. Ce joyau de biodiversité — qui abrite non seulement l’okapi, mais aussi des éléphants de forêt, des pangolins et des espèces végétales endémiques — est rongé par un fléau silencieux : la confusion cartographique. Des frontières mal définies, héritées de plans approximatifs ou jamais actualisés, ont ouvert la porte à toutes les interprétations. Et dans une région marquée par les conflits et la précarité, cette ambiguïté a un coût écologique énorme.

La semaine dernière, un pas concret a été franchi. Une délégation conjointe de l’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature (ICCN) et de l’Institut Géographique du Congo (IGC) a présenté une nouvelle carte officielle de la réserve au gouverneur intérimaire d’Ituri, Raüs Chalwe Munkutu. Cette carte, fruit de mois de travail entre les géomaticiens, les environnementalistes et les autorités locales, vise à mettre fin à ce que le directeur technique de l’ICCN, Paulin Tchikaya Ngoi, qualifie de « chaos territorial ». Concrètement, cela veut dire : des frontières clarifiées, un zonage rigoureux entre les aires strictement protégées, les zones tampon et les territoires coutumiers environnants. Une sorte de “réglage de l’objectif”, pour reprendre l’image d’un photographe : remettre au point les contours d’un espace qui a trop longtemps été flou.

Mais redessiner une carte ne suffit pas. Car derrière chaque parcelle occupée se trouvent des familles, des réalités sociales, des enjeux de subsistance. Et c’est là que le travail de la commission spéciale — chargée de résoudre les conflits fonciers liés à la réserve — s’annonce crucial. L’objectif n’est pas d’expulser brutalement, mais de négocier, d’expliquer, d’accompagner. Cela peut passer, par exemple, par la mise en place de zones d’agriculture durable en périphérie de la réserve, de programmes d’écotourisme impliquant les communautés locales, ou encore de formations à des métiers liés à la conservation. Protéger la RFO ne doit pas être une guerre contre les habitants, mais une alliance avec eux.

Voir à nouveau des okapis à Epulu, c’est bien plus qu’une note d’espoir pour les biologistes. C’est une boussole morale. Un rappel que les efforts de restauration, même fragiles, peuvent porter leurs fruits. L’okapi ne survit que dans cette région du monde. Il est l’enfant discret de ces forêts, leur témoin silencieux. Et sa présence nous dit que la nature, si on lui en laisse le droit, sait se relever. La carte, en ce sens, n’est pas qu’un outil technique. C’est un acte politique. Une promesse de clarté, dans un territoire trop longtemps livré à l’incertitude. Et peut-être, le début d’une nouvelle ère pour la RFO.

Par kilalopress

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