RDC : Nos minerais partent, notre pays reste spectateur – Tribune de l’avocat Eric Kasongo du centre congolais pour le Droit de développement durable (CODED)

Nous sommes aujourd’hui à la fin du monde. Pourquoi ? Parce que la République démocratique du Congo détient des minerais dont elle n’a jamais imaginé comment influer sur le marché mondial ou sur la politique nationale. Pendant ce temps, d’autres pays ont anticipé, ont compris la valeur stratégique de nos richesses, et ont tissé des stratégies que nous ignorons encore. Résultat : des contrats léonins nous dépouillent de notre propre patrimoine, et nous restons spectateurs, incapables d’intervenir.

Dans notre pays, nous n’avons aucun véritable plan pour guider l’exploitation de ces minerais stratégiques. Nos textes, qu’il s’agisse du code minier de 2002 ou de sa révision de 2018, ne parlent que des taxes à percevoir. La République s’est ainsi retirée de son rôle d’acteur économique. Elle se contente du rôle de simple régulateur, laissant le terrain aux opérateurs privés et aux investisseurs étrangers, sans participer à la transformation locale qui créerait pourtant une valeur ajoutée immense pour notre pays.

Regardons ce qui se passe ailleurs. En Guinée, Mamadou Doumbouya a pris ses responsabilités : il a commencé à transformer localement les minerais de son pays, et le résultat est déjà palpable. Le produit intérieur brut augmente, les revenus s’envolent. Pendant ce temps, la RDC, malgré l’immensité de ses ressources, dort encore. Le cobalt, par exemple, est une richesse mondiale, mais nous le laissons presque entièrement entre les mains de la Chine, qui en tire d’énormes profits en le transformant en batteries, sans que nous participions au processus de valeur ajoutée.

Nous perdons des sommes colossales. Des opportunités qui pourraient faire de la RDC un acteur majeur de l’économie mondiale sont gaspillées. Nous regardons nos richesses partir à l’étranger, souvent sous des contrats défavorables, comme ceux signés avec Kibale ou Dan Gertler, sans que notre gouvernement ne riposte. Des minerais rares et stratégiques, tels que le « gallon » du Sud-Kivu, sont exploités en secret par nos voisins, pendant que nous restons passifs.

Et que faisons-nous ? Nous négocions des contrats léonins, amendons des textes, et courons après des royalties dérisoires. Nous n’avons pas créé d’entreprises congolaises capables d’exploiter, transformer et valoriser nos ressources. Nous n’avons pas de stocks, pas d’évaluation réelle de notre potentiel, pas d’infrastructures pour sécuriser et stocker nos minerais. Nous avons abandonné la chaîne de valeur à d’autres.

Il est temps de changer de paradigme. La RDC doit cesser d’être simple spectatrice. Nous devons créer des départements spécialisés pour chaque minerai stratégique, former nos ingénieurs, investir dans la transformation locale et protéger notre production par des règles courageuses. Nous devons apprendre des autres, imiter les bons exemples et reprendre notre place sur le marché international.

Nous avons été dépossédés de notre propre richesse, mais cela n’est pas une fatalité. La question est simple : avons-nous le courage de développer nos mines, de contrôler nos minerais, et de tirer enfin profit de ce qui nous appartient de droit ? Ou continuerons-nous à regarder les autres nous surpasser, pendant que notre or, notre cobalt, notre lithium, et nos terres rares s’évaporent sous nos yeux ? Il est temps pour la RDC de devenir acteur et non spectateur. La transformation locale n’est pas une option : c’est une urgence nationale.

Par kilalopress

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