À l’heure où le monde célèbre le mois de l’histoire des femmes et de leurs droits, avec le 8 mars comme point d’orgue, la République démocratique du Congo a mis en lumière le rôle souvent méconnu mais crucial des femmes rurales dans la gestion des forêts et des ressources naturelles.
Le mardi 31 mars 2026, à l’occasion de la clôture de ce mois et en marge de la Journée internationale des forêts, l’ONG Alliance Nationale d’Appui et de Promotion des Aires et Territoires du Patrimoine Autochtone et Communautaire (ANAPAC RDC) a présenté un bilan de ses initiatives visant à renforcer l’autonomie économique et la participation citoyenne des femmes autochtones et locales. Dans un pays où les forêts représentent à la fois un pilier écologique et économique, ces femmes sont au cœur de chaînes de production vitales : culture vivrière, transformation de produits forestiers et approvisionnement des marchés urbains. Leur contribution, pourtant déterminante, reste souvent sous-évaluée. À travers son projet Initiative pour la Conservation Inclusive (ICI), l’ANAPAC s’efforce de concilier conservation des écosystèmes, reconnaissance des droits des peuples autochtones et équité sociale.
« L’objectif était de partager notre expérience avec les acteurs locaux et le monde entier sur le rôle de la femme autochtone en RDC », explique Mme Prescillia Monireh Kapupu, représentante de l’ONG. Elle rappelle la complexité du travail mené : « Avec nos coutumes, encore très présentes en Afrique et particulièrement en RDC, mobiliser 15 regroupements féminins dans quatre provinces différentes n’était pas simple. Les résultats sont toutefois encourageants : toutes les communautés ont bénéficié d’un appui financier allant de 5 000 à 10 000 dollars selon leurs besoins. »
Au-delà du soutien financier, la transformation sociale est palpable. « Au départ, aucune femme ne s’exprimait publiquement. Aujourd’hui, 52,4 % participent aux réunions et aux événements. Sur le plan économique, elles se sentent désormais au centre des initiatives, et certaines communautés ont déjà atteint une autonomie significative », poursuit Mme Kapupu.
Dans le cadre de la composante 4 du projet, 15 comités de femmes ont été constitués à travers trois paysages bioculturels. Ces comités développent des activités génératrices de revenus, allant de la culture de manioc, maïs, riz et arachides, à l’élevage, la pisciculture et la production de haricots. Des subventions atteignant 7 500 dollars et des équipements tels que moulins et outils aratoires ont été distribués pour alléger la charge de travail domestique et faciliter la transformation des produits.
Les effets se traduisent également par une reconnaissance accrue au sein des communautés. « Les regroupements sont enregistrés au niveau local et considérés comme des acteurs du développement. La satisfaction ne se mesure pas seulement en termes de revenus, mais aussi par la capacité des femmes à prendre la parole et à défendre leurs activités », souligne Mme Kapupu. Selon elle, ces initiatives favorisent une gestion durable des ressources forestières tout en renforçant l’autonomie économique des femmes. L’initiative ne se limite pas aux aspects économiques. La composante 2 du projet vise à promouvoir la reconnaissance des Aires Conservées Communautaires et à valoriser les efforts des communautés locales en matière de conservation de la biodiversité et de résilience climatique. Ces actions illustrent l’importance de l’inclusion féminine dans la préservation des écosystèmes, rappelant que la protection de la forêt passe par l’investissement dans ses principaux acteurs : les femmes et les communautés autochtones.
Mme Chouchouna Losale, vice-coordonnatrice de la Coalition des femmes et leaders pour l’environnement et le développement durable (CFLED), plaide pour un engagement accru de l’État : « Les projets sont souvent financés puis abandonnés par les partenaires. Il revient désormais au gouvernement de s’approprier ces résultats pour garantir leur durabilité. Comment accompagner ces femmes dans la transformation et la conservation de leurs productions ? »
Les témoignages recueillis lors de la cérémonie mettent en lumière l’impact concret des actions menées. Mme Yvonne Oetemwani-Salemba, coordinatrice de FECOFA, a attiré l’attention sur l’insécurité persistante à l’est de la RDC, affectant de nombreuses communautés pygmées : « Ces populations restent parmi les principales victimes. Des solutions concrètes sont nécessaires pour protéger leurs droits et leur sécurité. »
Pour l’édition 2026 du mois de la femme, le thème national retenu par la RDC, « Droits garantis, autonomisation durable pour toutes les femmes et les filles en RDC », s’inscrit dans la logique du thème international : « Droits, justice, action pour toutes les femmes et les filles ». À travers cette convergence, il devient évident que la valorisation du rôle des femmes rurales et autochtones constitue non seulement un enjeu social, mais également un levier stratégique pour la conservation et la durabilité des écosystèmes congolais.
Par kilalopress