À Mbubu et Mansende, deux villages du territoire de Mbanza-Ngungu au sud du Kongo Central, une enquête de terrain menée auprès de 120 ménages met en lumière des conditions de vie marquées par une forte précarité, malgré une dépendance quasi généralisée à l’agriculture. L’étude, fondée sur des enquêtes individuelles et des discussions de groupe, apporte un éclairage précis sur les dynamiques socio-économiques locales, dans un contexte où les potentialités agricoles coexistent avec une pauvreté persistante.
Les données recueillies montrent que les ménages sont majoritairement dirigés par des hommes — 96,67 % à Mansende et 93,33 % à Mbubu — et composés en moyenne de 5 à 6 personnes. La tranche d’âge dominante se situe entre 25 et 45 ans, traduisant une population agricole relativement jeune. Le niveau d’instruction reste limité : environ 20 % des chefs de ménage n’ont jamais été scolarisés, tandis qu’un peu plus de 35 % ont atteint le niveau secondaire. Quelques cas d’enseignement supérieur sont observés à Mbubu.
Sur le plan économique, l’agriculture constitue la principale source de revenus, représentant plus de 67 % du revenu total des ménages. Elle repose essentiellement sur des cultures vivrières, notamment le manioc, le maïs, la banane, le haricot et l’arachide. Malgré cette centralité, les revenus générés restent faibles. La richesse moyenne des ménages est estimée à 309 ± 254 dollars à Mansende et 397,30 ± 369,83 dollars à Mbubu, avec une corrélation positive entre le niveau d’instruction et le niveau de richesse.
L’analyse des dépenses et des niveaux de consommation révèle une situation de pauvreté généralisée. Aucun ménage de Mansende ne dépasse le seuil de pauvreté fixé à 2,15 dollars par personne et par jour, tandis que 96,67 % des ménages de Mbubu vivent en dessous de ce seuil. Une proportion importante de ménages se situe même dans des niveaux de consommation extrêmement faibles : 38,33 % à Mansende et 51,67 % à Mbubu disposent de moins de 0,5 dollar par jour et par personne.
Les résultats relatifs à la propension moyenne à consommer (PMC) confirment cette fragilité. Environ 90 % des ménages présentent une PMC supérieure à 1, ce qui signifie que leurs dépenses excèdent leurs revenus. Seuls près de 10 % parviennent à couvrir l’ensemble de leurs charges avec leurs revenus. Cette situation traduit une forte dépendance à l’autoconsommation et une capacité limitée à faire face aux dépenses essentielles.
Dans le détail des postes de dépenses, les soins de santé apparaissent comme les moins couverts par les revenus à Mansende, avec 72 % des ménages concernés. L’alimentation et l’éducation suivent, touchant plus de la moitié des foyers. À Mbubu, l’alimentation constitue le principal poste non couvert (45,83 %), suivie des soins de santé (41,67 %). Malgré ces contraintes, la majorité des ménages parvient à assurer au moins deux repas par jour et à scolariser au moins un enfant — 61,67 % à Mansende et 83,33 % à Mbubu.
Les conditions d’habitat reflètent également ce niveau de précarité. Plus de 80 % des habitations sont construites en briques adobes, avec des sols en terre battue et des toitures en paille. Aucun des deux villages ne dispose d’infrastructures de base telles que des marchés, des centres de santé ou des établissements scolaires complets. L’accès aux services essentiels nécessite des déplacements vers d’autres localités, généralement à pied ou à moto.
L’étude met également en évidence certaines caractéristiques structurelles du tissu social. Une part non négligeable des habitants est constituée de migrants, notamment en provenance de l’Angola. L’accès à la terre apparaît comme un enjeu central, influençant directement les capacités de production et les niveaux de revenus. Par ailleurs, la taille des ménages est positivement corrélée au nombre d’actifs agricoles, indiquant une disponibilité de main-d’œuvre plus importante dans les familles nombreuses.
Enfin, les résultats soulignent le poids déterminant des contraintes d’accès aux marchés. Le mauvais état des routes et des infrastructures de transport limite l’évacuation des produits agricoles et réduit les opportunités économiques. Dans certains cas, les paysans s’organisent collectivement pour acheminer leurs productions vers des centres urbains comme Kinshasa, mais ces initiatives restent ponctuelles.
Dans l’ensemble, les données montrent que les ménages de Mbubu et Mansende évoluent dans un système économique dominé par l’agriculture de subsistance, avec des revenus insuffisants pour couvrir les besoins essentiels. La combinaison de faibles revenus, de dépenses élevées et d’un accès limité aux services de base contribue à maintenir un niveau élevé de vulnérabilité socio-économique dans ces deux villages.
Par kilalopress