Watsa : Trafic interrompu sur la rivière Maba depuis six mois

Dans le groupement d’Arikotu, secteur Mangbutu, territoire de Watsa (Haut-Uele), le trafic sur la rivière Maba est totalement interrompu depuis près de six mois, isolant plusieurs villages et perturbant l’accès aux soins, à l’école et aux marchés. Selon l’Association des Jeunes pour l’Assainissement, l’Agriculture, la Pêche et l’Élevage (AJAGRIPE), cette situation est liée à l’absence d’un pont sécurisé et à la dégradation d’un ouvrage de fortune utilisé par la population.

La Maba n’est pas un simple cours d’eau secondaire. Elle structure les déplacements, relie les zones de production aux marchés et conditionne l’accès aux écoles comme aux centres de santé. L’arrêt total du trafic fluvial a progressivement fragilisé des équilibres déjà précaires. D’après nos recoupements, des familles renoncent à des soins faute de pouvoir traverser en sécurité, tandis que des activités commerciales, essentiellement informelles, tournent au ralenti, voire s’éteignent.

C’est dans ce contexte que l’Association des Jeunes pour l’Assainissement, l’Agriculture, la Pêche et l’Élevage (AJAGRIPE), par la voix de son président Joseph Bibi, a récemment lancé un appel à l’aide pour achever la construction d’un pont sur la rivière. L’initiative se veut communautaire et répond à une urgence réelle. Mais elle met aussi en lumière une réalité plus large : l’absence prolongée de solutions structurelles dans une zone où les infrastructures de base reposent largement sur l’auto-organisation des habitants.

Le passage actuellement utilisé, un pont de fortune édifié par la communauté elle-même, est aujourd’hui décrit comme fortement dégradé. En période de pluies, la traversée devient aléatoire, parfois périlleuse. Selon des témoignages recueillis sur place, des enfants continuent pourtant de l’emprunter pour rejoindre leur école, faute d’alternative. Ce risque quotidien, accepté par nécessité, illustre moins un choix qu’un défaut de prise en charge durable des besoins élémentaires de mobilité.

Les promoteurs du projet de pont durable mettent en avant des bénéfices attendus : amélioration de l’accès aux soins, réduction de la mortalité infantile, sécurisation des trajets scolaires et relance des échanges commerciaux. Ces promesses, largement partagées dans les discours sur le désenclavement rural, ne sont pas infondées. Elles restent cependant conditionnées à une réalisation effective, techniquement fiable et suivie dans le temps. À en croire certaines analyses locales, de nombreux projets similaires ont, par le passé, souffert d’un manque de financement pérenne, d’encadrement technique ou de maintenance, limitant leur impact réel à moyen terme.

L’appel lancé aux organisations humanitaires, aux autorités compétentes, aux entreprises et aux personnes de bonne volonté souligne l’urgence, mais révèle aussi un vide institutionnel persistant. Six mois sans trafic sur un axe aussi vital interrogent la capacité des mécanismes publics à anticiper et gérer les ruptures d’infrastructures dans les zones rurales. Estiment des observateurs du secteur, la répétition de ces situations d’urgence tend à normaliser l’exception, au détriment d’une planification territoriale cohérente et résiliente face aux aléas climatiques de plus en plus marqués.

La première étape du projet consiste à mobiliser des moyens matériels et financiers pour achever le pont, présenté comme une priorité absolue. Reste que cette priorité, aussi légitime soit-elle, s’inscrit dans un paysage plus vaste de besoins non couverts : routes secondaires dégradées, réseaux fluviaux non entretenus, absence de dispositifs de prévention en saison des pluies. Sans réponse structurelle, le risque est grand de voir la Maba redevenir, demain, un point de blocage malgré un nouvel ouvrage.

À Arikotu, la détresse actuelle n’est donc pas seulement celle d’une communauté isolée par une rivière impraticable. Elle renvoie à une question plus profonde : celle de la durabilité des solutions proposées et de la responsabilité des acteurs publics et privés dans le désenclavement effectif des territoires. Le pont, s’il voit le jour, pourrait marquer un tournant. À condition qu’il ne soit pas un palliatif de plus, mais le signe d’un engagement réel et suivi dans le temps, à la hauteur des réalités locales.

Par kilalopress

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