Plus de 200 familles déplacées internes ont bénéficié d’une distribution de semences agricoles dans le territoire de Mahagi, au nord-est de la République démocratique du Congo, afin de relancer la production vivrière malgré un contexte sécuritaire instable. L’initiative, soutenue par Sida, l’Agence suédoise de coopération internationale au développement, vise à renforcer l’autonomie alimentaire et la résilience des ménages affectés par les violences en Ituri.
Selon des sources locales, plus de 200 familles déplacées ont récemment bénéficié d’un appui en semences agricoles, dans le cadre d’un soutien financé par Sida, l’Agence suédoise de coopération internationale au développement. Dans un contexte marqué par l’instabilité sécuritaire et la pression sur les ressources, cette intervention a permis à des ménages déracinés de renouer avec une activité essentielle : cultiver la terre. Loin d’être un simple apport matériel, cette reprise agricole agit comme un point d’ancrage, à la fois économique, social et psychologique.
Sur les parcelles mises à disposition autour des sites de déplacement, le maïs, les haricots et le manioc ont progressivement remplacé l’oisiveté forcée et l’attente. D’après nos recoupements, ces premières récoltes constituent pour de nombreuses familles la première source alimentaire issue de leur propre travail depuis leur fuite. Elles réduisent la dépendance à l’assistance extérieure et redonnent une forme de maîtrise sur le quotidien. Dans les campements, observent des acteurs humanitaires, la récolte devient aussi un espace de recomposition du lien social, favorisant des échanges entre déplacés et communautés hôtes, parfois elles-mêmes vulnérables.
Cette dynamique agricole s’inscrit dans un territoire où l’accès à la terre est à la fois vital et sensible. En Ituri, région aux équilibres fonciers fragiles, la pression exercée par les déplacements massifs peut exacerber les tensions locales. À en croire certaines analyses, le fait de permettre aux déplacés de produire leur propre nourriture contribue à atténuer ces risques, en limitant la concurrence directe sur les marchés ou sur l’aide humanitaire. La terre cultivée devient alors un facteur d’apaisement relatif, dans un environnement encore marqué par l’incertitude.

Mais les limites de l’initiative apparaissent tout aussi clairement. Si la distribution de semences offre une réponse immédiate, la pérennité de cette relance agricole dépendra de conditions plus larges : sécurité, accès durable aux terres, disponibilité d’intrants et accompagnement technique. Des observateurs estiment que sans un renforcement de ces éléments, les gains actuels pourraient rester fragiles face aux prochaines saisons ou à une nouvelle flambée de violences.
À Mahagi, cultiver ne relève donc pas seulement de la survie alimentaire. C’est un acte de reconstruction lente, inscrit dans le temps long, qui interroge la capacité des réponses humanitaires à dépasser l’urgence pour s’ancrer dans des trajectoires de développement local. Les champs des déplacés racontent une réalité complexe : celle d’une résilience à l’œuvre, mais encore exposée, qui rappelle que la justice sociale et climatique, dans des régions comme l’Ituri, se joue aussi à l’échelle d’une semence mise en terre et d’une récolte arrachée à l’adversité.
Par kilalopress