Kilalopress— En République démocratique du Congo, le cobalt brille pour le monde… mais il saigne pour les Congolais. Ce samedi 15 novembre, à Kalando, dans la carrière de Mulondo, au moins 32 creuseurs artisanaux ont perdu la vie après l’effondrement d’un pont improvisé. Une nouvelle tragédie. Une de trop. Une tragédie née du désordre, de la cupidité, et surtout du mépris structurel pour les vies humaines qui entourent l’exploitation de ce métal stratégique.
La RDC fournit plus de 70 % du cobalt mondial. Un métal indispensable aux batteries, aux voitures électriques, aux technologies propres vantées par les grandes puissances. Mais derrière cette transition écologique mondiale, il y a une scène qui n’a rien d’écologique :
des milliers de creuseurs livrés à eux-mêmes, repoussés, traqués, parfois violentés, opérant dans l’ombre de géants miniers qui profitent du sous-sol sans assumer la responsabilité du sol… ni de ceux qui y travaillent.
À Kalando, ils seraient plus de 10.000 creuseurs artisanaux à tenter de survivre sur un site semi-industriel contrôlé officiellement par un partenaire chinois.
Le flou total. Le chaos institutionnalisé. Les rivalités entre coopératives, sociétés partenaires, militaires et autorités se superposent depuis des mois, créant un cocktail explosif.
Il a explosé ce samedi.
Malgré l’interdiction d’accéder au site en raison des pluies et des risques d’effondrement, des creuseurs sont entrés de force.
Selon des documents consultés par l’administration minière artisanale (Saemape), des militaires postés sur place auraient ouvert le feu, déclenchant une panique générale.
Le pont artisanal une structure fragile construite par les creuseurs eux-mêmes n’a pas résisté au mouvement de foule. Le résultat : des dizaines de morts. Des familles brisées. Un drame évitable. Selon le Code minier de la RDC, dans son principe, est clair : L’exploitation artisanale n’est autorisée que dans des Zones d’Exploitation Artisanale (ZEA) officiellement délimitées par l’État (articles 8 et 111). Il precise encore que toute présence de creuseurs dans des concessions industrielles est illégale, et doit être réglementée par les autorités, pas militarisée. Les entreprises détentrices de titres miniers ont l’obligation de sécuriser leurs sites, de prévenir les intrusions, et de collaborer avec les coopératives agréées pour éviter les drames. Et surtout le code reste claire que les forces armées n’ont aucun mandat légal d’intervenir dans la gestion quotidienne des sites miniers.
Pourtant, à Kalando comme ailleurs : des militaires gèrent l’accès, expulsent, tirent en l’air, négocient, menacent. Un système parallèle, dangereux, illégal, mais toléré. Le rapport du Saemape révèle un désordre total :
- une coopérative minière censée encadrer les creuseurs… chassée par des hommes armés,
- des creuseurs expulsés puis autorisés informellement à revenir les week-ends,
- des plaintes déposées contre des militaires occupant illégalement le site,
- des opérations semi-industrielles menées par un partenaire chinois sans encadrement clair.
C’est la signature parfaite d’un secteur capturé par les intérêts privés, militaires et étrangers, au détriment du droit, de la sécurité et de la dignité humaine. Les autorités se contentent aujourd’hui de suspendre les activités et d’inviter les artisans à suivre une formation agricole.
Une déclaration froide, déconnectée de la réalité d’un secteur où, chaque semaine, des Congolais meurent pour un métal dont ils ne verront jamais les bénéfices. Tant que les militaires contrôleront les mines, les coopératives seront instrumentalisées, les entreprises industrielles ignoreront leurs responsabilités légales, et que les creuseurs resteront traités comme des intrus sur leur propre sol…Alors d’autres Kalando se répéteront.
La RDC ne peut plus être la caisse automatique du monde moderne. Elle doit être un pays où personne ne meurt pour un pont de fortune, pour un fragment de cobalt, ou pour des intérêts qui ne sont jamais les siens.
Par kilalopress