La colère monte à Mombesa, une colère sourde qui finit par éclater dans un mémorandum adressé au chef de site de la société Booming Green à Bikota. Ce document, porté par le Parlement des jeunes et soutenu par la population entière, n’est pas une simple plainte : c’est l’expression d’un territoire trahi, lassé des promesses non tenues et révolté face aux dérives d’un opérateur forestier censé être un partenaire de développement, mais qui se comporte comme un prédateur social.
Lorsque Booming Green est arrivée dans la chefferie des Mombesa en 2025, l’accueil avait été enthousiaste. La communauté voyait en cette installation la concrétisation de la vision du chef de l’État, capable de réduire les inégalités de développement et de renforcer les infrastructures locales. Les négociations du cahier des charges communautaire avaient été vues comme un pas important vers un partenariat transparent et bénéfique pour tous. Mais trois ans plus tard, l’espoir initial s’est transformé en désillusion profonde.
Les jeunes de Mombesa dénoncent désormais un enchaînement d’irrégularités et de manquements graves aux clauses sociales librement signées. Les fonds prévus pour les projets communautaires n’ont jamais été clairement présentés, malgré l’obligation légale de transparence imposée par l’Arrêté Ministériel 072. Celui-ci exige notamment que le préfinancement de 10% destiné au démarrage des projets du Fonds de développement local soit versé un mois avant l’obtention du permis de coupe et conservé dans un compte clairement identifié. Or, à Mombesa, personne ne sait où sont passés ces fonds, ni dans quels comptes ils sont logés.
La communauté réclame aussi la publication du journal des dépenses — une autre obligation de l’AM 072 — tant les soupçons de mauvaise gestion et de dérives financières se multiplient. Quant aux infrastructures promises, telles que les routes, l’école et le bureau administratif de la chefferie, elles semblent s’être évaporées, sans que l’entreprise n’explique la moindre avancée ni même les raisons de cette léthargie.
La situation se dégrade encore davantage lorsqu’on aborde le traitement réservé aux membres de la communauté. Les jeunes dénoncent des arrestations arbitraires et des actes de violence commis dans un cachot privé de l’entreprise, un lieu illégal qui n’a aucune reconnaissance de l’État congolais. Ce type de pratique est non seulement prohibé par la loi, mais se situe à mille lieues des obligations légales des concessionnaires forestiers. Le Code forestier de la RDC, rappelons-le, exige non seulement le respect strict des clauses sociales mais aussi la garantie de la dignité et des droits fondamentaux des populations riveraines.
À cela s’ajoute un refus systématique d’engager les originaires dans les postes clés, en contradiction totale avec un principe fondamental du droit forestier congolais : à compétence égale, priorité aux originaires du terroir. Au lieu de cela, la société a écarté fils et filles de Mombesa du service du personnel, de la facilitation, de l’informatique et du port, alimentant un sentiment d’exclusion et d’injustice particulièrement profond.
Le non-versement des droits de jouissance convenus dans le cahier des charges du 24 avril 2025 constitue un autre manquement grave. Ces droits ne sont pas symboliques : ils représentent l’engagement contractuel de la société envers la communauté, engagement que Booming Green semble avoir piétiné avec une désinvolture inquiétante. Quant aux agents de la sécurité parallèle recrutés par l’entreprise, leur rémunération se ferait directement sur le dos des fonds communautaires, ce qui constitue une gestion financière totalement irrégulière.
Face à ce cumul d’abus, la population de Mombesa n’en peut plus et décide de reprendre le contrôle. Le mémorandum adresse un ultimatum clair : aucune activité de Booming Green ne doit reprendre tant que chaque point soulevé par les jeunes n’aura pas été résolu. Pas un arbre ne doit être coupé, pas une machine ne doit se remettre en marche tant que la société n’aura pas honoré ses engagements, clarifié ses comptes et cessé ses pratiques illégales.
Ce mouvement n’est pas un caprice : il s’inscrit dans une volonté de défendre le territoire, de protéger la dignité des communautés forestières et de rappeler que les lois existent pour une raison. En réaffirmant leur soutien à la vision du chef de l’État, les jeunes de Mombesa rappellent que le développement n’a de sens que s’il respecte les hommes, la loi et le terroir.
À travers ce mémorandum, Mombesa refuse de devenir un territoire d’exploitation sans contrepartie. La communauté ne demande rien d’autre que le respect des textes, l’application stricte du Code forestier et la restauration de la confiance. Elle exige que Booming Green réponde de ses actes.
Dans cette partie reculée de la Tshopo, la résistance s’organise. Mombesa se dresse, déterminée, consciente de ses droits, et prête à affronter quiconque tentera d’asservir sa forêt et son peuple. Le message est clair : ici, la loi s’applique et la communauté ne se laissera plus faire.
Par kilalopress