Kolwezi : quand la colère des creuseurs artisanaux se retourne contre les travailleurs des mines industrielles

À Kolwezi, la tension sociale autour du secteur minier a basculé dans une violence ouverte, révélant une fracture profonde entre exploitation industrielle, survie artisanale et décisions publiques mal digérées. Depuis la publication de l’arrêté ministériel suspendant, sur l’ensemble du territoire national, les activités des entités de traitement des produits issus de l’exploitation artisanale du cuivre et du cobalt, la capitale mondiale du cobalt vit dans un climat de peur et d’instabilité croissante.

Selon des recoupements effectués auprès de sources locales, des agents travaillant pour des entreprises minières industrielles ont été directement pris pour cibles par des groupes de creuseurs artisanaux. Dans le quartier communément appelé « 5 ans », deux jeunes hommes, présentés comme agents d’une société minière de la place, ont perdu la vie après avoir été lapidés. Des images largement relayées sur les réseaux sociaux montrent des auteurs présumés justifiant leur geste comme un acte de vengeance face à ce qu’ils qualifient d’« injustice sociale », qu’ils imputent aux décisions des autorités compétentes. Ces scènes, aussi choquantes que révélatrices, traduisent une colère sociale qui s’exprime désormais hors de tout cadre légal.

Les violences ne se sont pas limitées à ces morts tragiques. D’après plusieurs témoignages concordants, le week-end dernier a été marqué par une série d’actes de vandalisme, notamment l’incendie d’un bus appartenant à des entreprises minières opérant dans la région. À Kolwezi, mais aussi à Likasi, Kambove et Lubumbashi, la psychose s’installe progressivement. Les rues se vident, les déplacements professionnels se réduisent au strict minimum et certains quartiers deviennent difficilement accessibles, voire impraticables, en raison des affrontements et des représailles sporadiques.

Des sites connus pour l’activité des creuseurs artisanaux, notamment à Tshipuki, Kapata, T17 à Musonoi, Luilu et dans la zone de « 5 ans », où se trouvent les remblais de la Compagnie Minière de Musonoie (COMMUS), sont aujourd’hui perçus par de nombreux habitants comme de véritables zones rouges. Selon plusieurs analystes locaux, l’imbrication de ces sites dans le tissu urbain confère aux groupes de creuseurs une capacité de nuisance qui dépasse largement les périmètres miniers, créant une insécurité diffuse qui paralyse une partie de la ville.

« C’est une panique totale à Kolwezi. La ville est presque à l’arrêt. Les travailleurs n’osent plus se rendre au boulot par peur de tomber dans une embuscade », confie un témoin rencontré sur place. Il évoque également des passages à tabac répétés et des agressions visant des civils sans lien direct avec le secteur minier. Le même témoin rapporte un incident récent au cours duquel la femme d’un de ses amis, accompagnant ses enfants à l’école, a échappé de justesse à une agression grâce à l’intervention in extremis d’un passant.

Face à cette montée de la violence, plusieurs entreprises minières du Lualaba et du Haut-Katanga ont pris des mesures de précaution. Selon nos sources, certaines ont interdit à leur personnel de porter la tenue de travail en dehors des sites afin de limiter les risques d’identification et d’agression en milieu urbain. D’autres ont renforcé leurs dispositifs de sécurité, sans pour autant rassurer totalement des travailleurs désormais contraints de vivre dans la crainte permanente.

S’exprimant sur la situation, des observateurs estiment que la suspension brutale des activités de traitement des minerais artisanaux, sans mécanisme d’accompagnement social visible pour les milliers de creuseurs qui dépendent directement de cette filière, a agi comme un véritable détonateur. Dans un contexte déjà marqué par la précarité, l’exclusion et le chômage, cette décision a accentué le sentiment d’abandon et nourri une radicalisation de la colère.

Il convient toutefois de rappeler que la gouverneure du Lualaba, Fifi Masuka, a autorisé l’évacuation des produits miniers entreposés par les creuseurs et certains opérateurs étrangers, notamment chinois, tout en évoquant la possibilité d’une reprise encadrée et ordonnée des activités minières artisanales. Pour l’heure, selon plusieurs sources locales, ces annonces tardent à produire des effets concrets sur le terrain, où l’attente, la frustration et l’insécurité continuent de structurer le quotidien des habitants.

Au-delà des faits de violence, la situation actuelle à Kolwezi pose avec acuité la question de la gouvernance du secteur minier artisanal dans un pays dont le cuivre et le cobalt sont au cœur de la transition énergétique mondiale. Dans la capitale minière du Lualaba, la crise ne se lit plus seulement dans les chiffres de production ou les décisions administratives, mais dans les rues, les quartiers et la peur quotidienne, au prix de vies humaines et d’une cohésion sociale désormais gravement menacée.

Par kilalopress

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