RDC : le Conseil consultatif national des forêts lance une révision cruciale du Code forestier avant 2026

Mardi 30 décembre, à Kinshasa, une salle habituellement vouée aux échanges techniques s’est chargée d’un enjeu autrement plus structurant : l’avenir juridique des forêts congolaises. Ce jour-là, le Conseil consultatif national des forêts (CCNF) a ouvert une session extraordinaire consacrée au lancement du processus de révision du Code forestier, un texte clé dont la portée dépasse largement le seul secteur forestier. À l’horizon fixé — mars 2026 — se joue en filigrane la capacité de la République démocratique du Congo à articuler souveraineté environnementale, crédibilité internationale et réponses concrètes aux pressions croissantes sur ses écosystèmes.

Placée sous l’égide de la ministre de l’Environnement, Marie Nyange Ndambo, cette session s’inscrit dans un calendrier qui n’a rien d’anodin. La RDC s’est engagée, à travers des accords conclus avec l’Initiative pour la forêt de l’Afrique centrale (CAFI) et le Fonds monétaire international (FMI), à revoir un cadre légal aujourd’hui jugé vieillissant. D’après nos recoupements, cette échéance de mars 2026 constitue autant un impératif diplomatique qu’un test de cohérence interne : adapter la loi forestière revient à réinterroger la manière dont l’État congolais entend gérer l’un de ses patrimoines stratégiques les plus sensibles.

La feuille de route soumise aux membres du CCNF esquisse un chantier dense. Il est question de renforcer la contribution des forêts aux objectifs de développement durable, mais aussi de revoir en profondeur la fiscalité et le système de pénalités qui encadrent le secteur. À en croire certaines analyses, ces leviers sont déterminants pour corriger des déséquilibres persistants entre exploitation économique, protection des écosystèmes et retombées pour les finances publiques. Le document évoque également la nécessité de garantir davantage de transparence dans l’octroi des concessions forestières, un point régulièrement soulevé par des observateurs du secteur, ainsi que l’intégration plus rigoureuse des sauvegardes environnementales et sociales.

Au-delà des aspects techniques, la révision annoncée entend aligner la législation nationale sur les innovations technologiques, les réalités du terrain et les engagements régionaux et internationaux de la RDC, notamment les Accords de Paris. Dans un contexte de pressions accrues sur les forêts du bassin du Congo, ces ajustements sont perçus par plusieurs acteurs comme une tentative de combler le fossé entre normes globales et pratiques locales, souvent marquées par des contraintes économiques et sociales complexes.

Prenant la parole à l’ouverture des travaux, Marie Nyange Ndambo a souligné le rôle central du CCNF dans ce processus, appelant à une démarche « participative, inclusive et consensuelle ». Selon des sources proches des discussions, cette insistance traduit la conscience des tensions potentielles qu’une telle réforme peut susciter, entre administrations, opérateurs économiques, communautés locales et partenaires internationaux. La ministre a exprimé l’espoir que les échanges soient « utiles et constructifs », afin de conforter la position de la RDC comme « acteur majeur de la gouvernance climatique mondiale », une ambition qui, sur le papier, place le pays au cœur des équilibres climatiques planétaires.

Organisée par la Direction générale des forêts avec l’appui financier du Fonds national REDD+ (FONAREDD), la session a également été l’occasion de rappeler l’ancrage politique de la démarche. La ministre a salué l’engagement du président Félix Tshisekedi et de la Première ministre Judith Suminwa, tout en remerciant les partenaires techniques et financiers impliqués dans l’accompagnement du processus. Ce soutien, confient des acteurs du secteur, reste crucial pour assurer la continuité des travaux et leur traduction effective dans un texte de loi opérationnel.

Dans le même esprit, le secrétaire général à l’Environnement, Benjamin Toirambe, a exhorté les participants à dépasser les clivages pour faire émerger un Code forestier porteur d’une véritable « politique nationale ». Son appel à l’unité résonne comme un rappel : la réforme attendue ne se limitera pas à une mise à jour juridique, mais engagera la vision à long terme de la gestion forestière congolaise.

La trajectoire vers mars 2026 est désormais enclenchée. Reste à savoir comment, au fil des consultations et des arbitrages, ce processus parviendra à concilier exigences internationales, impératifs économiques et attentes des populations qui vivent au contact direct des forêts. C’est dans cet équilibre fragile que se jouera la crédibilité d’un Code forestier appelé à façonner, pour les années à venir, le rapport de la RDC à l’un de ses atouts écologiques majeurs.

Par kilalopress

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