En République démocratique du Congo, la Journée internationale des énergies propres, célébrée le 26 janvier, a remis au centre du débat une contradiction structurelle qui marque le pays depuis des décennies : une abondance exceptionnelle de ressources énergétiques renouvelables, contrastant avec une pauvreté énergétique persistante pour l’immense majorité de la population.
À cette occasion, l’ONG Alerte congolaise pour le développement et les droits humains (ACEDH) a alerté sur l’écart profond entre le potentiel énergétique national et la réalité quotidienne vécue par les Congolais. Dotée d’importantes capacités hydroélectriques, solaires et éoliennes, la RDC pourrait théoriquement s’imposer comme l’un des principaux producteurs d’énergie propre du continent africain. Mais sur le terrain, l’accès à l’électricité demeure marginal. Les données disponibles dressent un constat sévère : seuls environ 20 % des habitants des zones urbaines disposent d’une alimentation électrique, tandis que dans les milieux ruraux, ce taux s’effondre pour se situer entre 1 et 3 %. Cette fracture énergétique alimente des inégalités sociales et territoriales durables, tout en freinant le développement économique local.
Privées d’électricité, les populations se tournent massivement vers le bois de chauffe et le charbon de bois pour satisfaire leurs besoins élémentaires. Selon l’ACEDH, près de 90 % des Congolais dépendent encore de la biomasse. Pour son secrétaire exécutif, Olivier Ndoole, cette situation ne s’explique pas uniquement par un déficit d’investissements, mais aussi par des obstacles institutionnels et juridiques qui entravent l’essor d’un véritable marché des énergies propres. Cette dépendance au bois-énergie exerce une pression croissante sur les forêts du bassin du Congo, transformant la crise énergétique en menace environnementale majeure.
Pourtant, certaines expériences locales démontrent que des alternatives existent. L’ACEDH met en avant le cas du Nord-Kivu, où des initiatives privées ont permis de contourner les faiblesses du réseau national. À Goma, le recours à des systèmes énergétiques décentralisés a amélioré l’éclairage urbain et l’accès à l’électricité, faisant de la ville l’une des mieux desservies du pays. Des opérateurs comme Virunga Energies, engagés dans l’exploitation hydroélectrique, ou encore Nuru et SOCODEE, spécialisés dans le solaire et les solutions hybrides, illustrent cette dynamique portée par le secteur privé.
Pour Me Olivier Ndoole, ces expériences ne devraient plus être perçues comme des exceptions régionales, mais comme des modèles à reproduire dans d’autres provinces. Elles constituent, selon lui, de véritables leviers pour bâtir une transition énergétique fondée sur la justice climatique, où l’accès à une énergie propre et durable devient un droit fondamental. L’ACEDH appelle ainsi les autorités congolaises à accélérer les réformes juridiques, à sécuriser les investissements et à faire de l’accès universel à l’énergie un pilier central des politiques publiques. À défaut, la RDC continuera d’incarner ce paradoxe saisissant : un pays aux ressources énergétiques immenses, mais plongé dans l’obscurité électrique.
Par kilalopress