Haut-Uele : un okapi abattu dans la RFO — le cri d’alarme d’une biodiversité sous siège

L’image est insoutenable et pourtant bien réelle : au cœur de la Réserve de Faune à Okapis (RFO), joyau inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, un okapi a été froidement abattu le 2 novembre 2025, à Selesele, dans le territoire de Wamba. Cet acte n’est pas un simple délit forestier. C’est une attaque directe contre l’identité écologique de la République démocratique du Congo et contre l’un des derniers bastions mondiaux de cette espèce unique.

L’émotion a très vite laissé place à l’action. Alertés, les écogardes de l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN), appuyés par les autorités locales, ont lancé une opération express qui a conduit à l’arrestation de plusieurs suspects. Ils sont désormais détenus à la prison centrale d’Isiro, tandis qu’une mission conjointe s’est rendue sur les lieux pour évaluer l’étendue des dégâts et saisir des échantillons de chair destinés à l’enquête.

Mais derrière cette affaire se cache une vérité bien plus inquiétante : la RFO abrite près de 5 000 okapis, soit l’immense majorité de la population mondiale restante. Chaque animal perdu rapproche un peu plus l’espèce d’un basculement irréversible. La multiplication de ces attaques confirme que le braconnage ne relève plus de cas isolés, mais d’un système organisé qui sape des années d’efforts et engloutit des millions de dollars investis dans la conservation.

À l’heure où la RDC s’est engagée, aux côtés de la communauté internationale, à appliquer le Cadre mondial de la biodiversité Kunming–Montréal, visant à protéger 30 % des terres et des espèces d’ici 2030, l’assassinat d’un okapi résonne comme un camouflet. Comment espérer atteindre ces objectifs si les sanctuaires eux-mêmes deviennent des champs de tir ? L’okapi n’est pas qu’un animal rare. Il est un symbole national, une fierté congolaise, un héritage biologique qui ne se trouve nulle part ailleurs sur la planète. Le tuer, c’est toucher au cœur même de notre patrimoine, à ce que nous laisserons ou ne laisserons pas aux générations futures.

Les autorités rappellent que le braconnage d’espèces totalement protégées est sévèrement puni en RDC. Mais la question demeure : ces sanctions sont-elles réellement dissuasives ? Tant que les réseaux de trafic resteront actifs, tant que les communautés vivant autour des aires protégées ne seront pas davantage soutenues, tant que les écogardes risqueront leur vie face à des groupes armés mieux équipés qu’eux, de telles scènes continueront à se répéter. L’abattage de cet okapi doit servir d’électrochoc. La RDC possède l’une des biodiversités les plus riches du monde. Elle en a fait une promesse lors des grandes négociations internationales. Mais cette promesse ne vaut que si elle se traduit par une vigilance renforcée, des moyens accrus et une mobilisation collective.

Protéger l’okapi, ce n’est pas protéger un animal parmi d’autres. C’est défendre la mémoire vivante du Congo, son prestige écologique et son rôle dans l’équilibre global de la planète. Aujourd’hui, un okapi est mort. Demain, ce pourrait être un pan entier de notre biodiversité. Plusieurs acteurs du domaine de la conservation estiment que le temps n’est plus à l’indignation silencieuse. Il est à la riposte.

Par kilalopress

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