Kisangani, Tshopo. L’arrestation de deux agents de la Direction générale des recettes de la province de la Tshopo (DGRPT) impliqués dans le trafic présumé d’un bébé chimpanzé met en lumière la persistance de circuits illégaux d’espèces protégées en République démocratique du Congo, malgré l’existence de dispositifs nationaux et internationaux de contrôle.
Les faits remontent au 7 avril 2026. Un jeune chimpanzé a été retrouvé vivant dans un hôtel de Kisangani, dissimulé dans un sac à dos. Selon les éléments disponibles, l’animal aurait été transporté depuis la zone du PK 122 en direction de la ville, avec des passages présumés par plusieurs points de contrôle routiers, notamment celui du PK 23 sur la route nationale num.4.
Les deux individus interpellés seraient des agents publics affectés à la DGRPT. Leur implication présumée soulève des questions sur les mécanismes de contrôle et sur la capacité des institutions à prévenir l’utilisation de circuits administratifs dans le trafic d’espèces sauvages.
Dans la province de la Tshopo, et plus largement dans l’est de la République démocratique du Congo, Kisangani constitue un point de convergence important pour le trafic de faune sauvage. Des flux en provenance de zones forestières du Bas-Uele, de l’Ituri, du Haut-Uele et du Maniema alimentent des circuits de commerce illégal reliant les zones rurales aux centres urbains.
Selon des sources locales impliquées dans le suivi de ces trafics, certains réseaux reposeraient sur des intermédiaires qui assurent la collecte, le transport et la revente d’animaux sauvages, notamment des primates destinés à des marchés clandestins.
À l’échelle internationale, le commerce des espèces sauvages est encadré par la Convention on International Trade in Endangered Species of Wild Fauna and Flora. Cette convention classe les espèces selon leur niveau de protection et définit les conditions dans lesquelles elles peuvent être échangées entre pays. Les espèces inscrites à l’Annexe I ne peuvent pas faire l’objet de commerce international à des fins commerciales. D’autres espèces, inscrites aux Annexes II et III, peuvent être échangées sous certaines conditions, notamment sur la base de permis délivrés par les autorités compétentes.
Dans ce cadre, les systèmes de traçabilité distinguent les animaux prélevés dans la nature de ceux déclarés comme « élevés en captivité ». Cette distinction est essentielle, car elle peut conditionner la légalité des échanges internationaux.

Selon les données disponibles de la Convention on International Trade in Endangered Species of Wild Fauna and Flora, des milliers d’animaux vivants sont exportés chaque année dans le monde sous différents codes de transaction, notamment à destination de structures zoologiques ou à des fins non commerciales. Cependant, la mise en œuvre de ces règles repose sur des dispositifs de contrôle et de vérification qui varient selon les pays. Dans les contextes où les capacités administratives et logistiques sont limitées, la traçabilité des espèces peut être difficile à assurer de manière uniforme.
Des organisations de conservation et plusieurs chercheurs ont documenté des cas de fausse déclaration de l’origine d’animaux dans différents pays, un phénomène parfois qualifié de « blanchiment de faune ». Toutefois, l’ampleur globale de ces pratiques reste difficile à quantifier en raison du manque de données consolidées et vérifiables. En République démocratique du Congo, plusieurs facteurs peuvent compliquer la surveillance des espèces sauvages : l’étendue des zones forestières, la diversité des corridors de transport, ainsi que les contraintes sécuritaires dans certaines régions.

Dans la province de la Tshopo, le cas récent du bébé chimpanzé retrouvé à Kisangani illustre les défis liés à la détection et à l’interception des trafics d’animaux protégés, y compris dans des zones urbaines considérées comme des points de transit. Pour les communautés locales, la pression sur la faune se traduit également par des évolutions observables dans les écosystèmes. Plusieurs habitants signalent une diminution progressive de la présence de certaines espèces dans des zones autrefois riches en biodiversité.
La question du commerce des espèces protégées dépasse ainsi la distinction entre activités légales et illégales. Elle renvoie également aux capacités de contrôle, à la qualité des systèmes de traçabilité et à l’articulation entre les cadres internationaux et les réalités locales. Dans ce contexte, plusieurs experts soulignent l’importance du renforcement des mécanismes de suivi, de la coordination institutionnelle et de l’implication des communautés locales dans les stratégies de conservation.
Par kilalopress