Contentieux climatique historique : la RDC, l’Ouganda et l’EAC face à la Cour de Justice de l’Afrique de l’Est

Kinshasa, 27 novembre 2025 – La coalition « Notre Terre Sans Pétrole », en partenariat avec l’Alerte Congolaise pour l’Environnement et les Droits de l’Homme (ACEDH) et les leaders communautaires des lacs Albert et Édouard, a organisé ce mercredi à Silikin Village un point de presse exceptionnel. L’occasion : annoncer officiellement l’ouverture d’un contentieux climatique historique devant la Cour de Justice de la Communauté d’Afrique de l’Est (EACJ), dans l’affaire n°47/2025, visant la RDC, l’Ouganda et le Secrétaire Général de l’EAC.

Selon les intervenants, cette action judiciaire découle d’une catastrophe écologique observée sur le terrain. En septembre 2025, alors que la saison de pêche battait son plein, les communautés locales ont constaté un déclin brutal et inexpliqué des captures de poissons sur les lacs Albert et Édouard. Ces constats ont été corroborés par le rapport scientifique de l’Environmental Law Alliance Worldwide (ELAW) publié le 2 octobre 2025, qui établit un lien direct entre les projets pétroliers Tilenga et Kingfisher en Ouganda et le risque majeur d’eutrophisation et de contamination chimique, menaçant la sécurité alimentaire de millions de personnes.

Les plaignants dénoncent des violations graves du Traité de la Communauté d’Afrique de l’Est, notamment :

  • L’absence de consultation des communautés congolaises, alors que l’Ouganda développait ses infrastructures à la frontière ;
  • L’inexistence d’études d’impact environnemental transfrontalières sur le territoire congolais ;
  • L’inaction de l’État congolais, accusé d’avoir laissé ses populations exposées aux risques industriels sans aucune protection ;
  • La mise en danger d’écosystèmes sensibles, comme le Parc national des Virunga, les zones humides Ramsar et la biodiversité unique des lacs Albert et Édouard.

Le Secrétaire Général de l’EAC est également mis en cause pour avoir failli à son rôle de surveillance et de garantie du respect du Traité par les États membres. Les requérants demandent à la Cour l’arrêt immédiat des activités polluantes, un audit environnemental indépendant et la réparation intégrale des préjudices subis par les communautés de pêcheurs.

Lors du point de presse, au nom des requérants, le porte parole de la coalition a rappelé l’importance historique de cette procédure :

« Aujourd’hui est un jour crucial pour nos communautés. À travers les médias, nous voulons informer le public sur le déroulement de cette affaire devant la Cour de Justice de l’EAC. Ce procès n’est pas une lutte individuelle, mais un combat pour l’ensemble des populations congolaises et de la région, afin de protéger l’équilibre des écosystèmes aquatiques des lacs Albert et Édouard et de lutter contre l’insécurité alimentaire.

« Les projets pétroliers menacent directement notre environnement et compromettent notre futur climatique. Nous demandons à la Cour l’arrêt immédiat des activités polluantes, la réalisation d’un audit environnemental indépendant et la réparation intégrale des préjudices subis par les communautés de pêcheurs. Nous appelons également les journalistes à relayer ce message auprès du public et le gouvernement congolais à assumer ses responsabilités pour défendre les droits et la sécurité des citoyens. Notre combat est guidé par la protection humaine, la Constitution de la RDC, l’Accord de Paris et la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples. Nous avons pleine confiance dans la Cour de l’EAC pour faire respecter le principe du « Pollueur-Payeur » et garantir la survie de nos lacs et de nos générations futures. »

L’ACEDH et ses partenaires réaffirment leur détermination à obtenir justice et à garantir la protection durable des ressources naturelles du Rift Albertin. Le lancement officiel de cette procédure judiciaire marque une étape sans précédent dans la défense environnementale en Afrique de l’Est, et place les communautés locales au centre du combat pour la protection de leur avenir et de leurs moyens de subsistance.

Par kilalopress

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