Arusha, Tanzanie – Ce mercredi 27 novembre 2025, Dans le cadre de la campagne Notre Terre Sans Pétrole, portée par l’Alerte Congolaise pour l’Environnement et les Droits de l’Homme (ACEDH), un contentieux climatique inédit a été lancé devant la Cour de Justice de la Communauté d’Afrique de l’Est (EACJ, Affaire n°47 of 2025), visant la RDC, l’Ouganda et le Secrétaire général de l’EAC.
À l’origine de cette action, le constat alarmant de pêcheurs et de communautés locales : depuis septembre 2025, le déclin brutal des captures sur les lacs Albert et Édouard a mis en lumière une crise écologique imminente, confirmée par un rapport scientifique publié par l’Environmental Law Alliance Worldwide (ELAW) le 2 octobre 2025. Selon ce document, l’expansion des projets pétroliers Tilenga et Kingfisher en Ouganda entraîne un risque majeur d’eutrophisation et de contamination chimique, menaçant directement la sécurité alimentaire de millions de personnes.
« Ce n’est pas un geste symbolique. C’est le prolongement direct d’un constat scientifique accablant », explique Pascale Mirindi, coordonnateur de la campagne NTSP, en citant les niveaux de microcystines dans le tilapia et le Nile Perch, jusqu’à 300 fois supérieurs aux seuils sûrs, et le budget critique en phosphore du lac Albert, déjà proche du seuil dangereux de 1 240 tonnes par an si le boom pétrolier se poursuit.

Les sources de pollution sont multiples : 360 tonnes issues des eaux usées d’une population accrue de 600 000 personnes attirées par le boom pétrolier, 400 tonnes provenant de l’agriculture intensive, 360 tonnes liées à l’élevage de 36 000 bêtes, et 120 tonnes de ruissellement urbain lié aux infrastructures pétrolières.
À ce tableau déjà alarmant s’ajoutent les déchets pétroliers du Central Processing Facility (CPF) du projet Kingfisher, générant 200 tonnes de boues huileuses par an, dont une partie serait déjà déversée illégalement dans le lac Albert, selon des enquêtes locales. « Si seulement la moitié de ces déchets se retrouve dans l’eau, cela provoquerait une pollution chronique, la bioaccumulation de toxines dans les poissons et des effets transfrontaliers inévitables sur la RDC », alerte le rapport.
Le contentieux déposé à l’EACJ va plus loin que la science : il pointe des manquements juridiques et institutionnels graves. Les requérants – ACEDH, les leaders locaux Uweci Wele Moïse et Kambasu Katsuva Mukura Josué – dénoncent l’absence de consultation des communautés congolaises, l’inexistence d’évaluations d’impact transfrontalières côté RDC et l’inaction coupable de l’État congolais. Le Secrétaire général de l’EAC est également mis en cause pour n’avoir pas assuré le respect du traité par les États membres.
« À ce stade, l’alerte scientifique n’est plus un scénario, c’est la réalité », insiste Pascale Mirindi. La coalition demande à la Cour l’arrêt immédiat de toutes activités aggravant la pollution, un audit environnemental indépendant, la réparation des préjudices subis par les pêcheurs, et la mise en œuvre réelle du principe pollueur-payeur.

Pour Olivier Ndoole, avocat d’intérêt public, « ce qui se joue aujourd’hui sur les eaux du lac Albert déterminera la vie de millions de personnes demain. Ce moment exige que nous choisissions la justice, la vérité scientifique et la responsabilité politique comme fondations d’un pays que la RDC veut bâtir pour ses générations futures ».
Ce procès historique illustre une démarche pionnière de justice climatique en Afrique centrale, où science, vécu des communautés et cadre juridique se conjuguent pour protéger la biodiversité unique du Rift Albertin, la sécurité alimentaire et les droits fondamentaux des populations locales.
Par kilalopress