Kinshasa : les acteurs de la conservation débattent du Crédit Bonobo lors d’une table ronde nationale

Kinshasa, 7 juillet 2025*– Les travaux de la table ronde nationale sur le mécanisme du « Crédit Bonobo » se poursuivent à Kinshasa, au Centre Claver. Organisée en présence de la ministre de l’Environnement, Ève Bazaiba, ainsi que d’experts nationaux et internationaux, cette initiative vise à structurer une approche innovante de la conservation axée sur la valorisation de la biodiversité et l’implication des communautés locales.

Lors de la deuxième journée des discussions, la ministre Ève Bazaiba a ouvert les échanges en partageant une intervention marquée par des éléments personnels. Revenant sur son parcours issu d’un milieu rural, elle a rappelé le lien profond qu’entretiennent de nombreuses communautés congolaises avec les espèces emblématiques telles que le bonobo, primate endémique de la République démocratique du Congo.

Elle a souligné le paradoxe entre la popularité de certaines espèces dans l’imaginaire collectif – utilisées comme symboles par des marques, des équipes sportives ou des nations – et la réalité de leur vulnérabilité sur le terrain. En ce sens, elle a invité les entreprises à aller au-delà du simple usage d’images animales et à s’engager concrètement dans leur protection : « Il faut que les entités qui s’inspirent de ces espèces contribuent également à leur survie. »

Jef Dupain, expert en biodiversité, a présenté les fondements du Crédit Bonobo, une approche qui vise à récompenser les actions de conservation menées par les communautés locales. Selon lui, toute stratégie de préservation doit prendre en compte les besoins économiques et sociaux des populations riveraines : « Le Crédit Bonobo repose sur un principe simple : celles et ceux qui protègent la biodiversité doivent pouvoir en tirer un bénéfice décent. »

Ce dispositif s’inscrit dans le cadre de la Stratégie nationale de conservation de la biodiversité (SPANB) 2025-2030, comme l’a expliqué Guillaume Kipanga du ministère de l’Environnement. Cette stratégie ambitionne d’harmoniser les efforts de conservation avec les objectifs de développement durable du pays.

Intervenant au nom de l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN), Chantal Shalukoma a présenté le projet de couloir écologique Kivu-Kinshasa. Il s’agit d’une future aire protégée de plus de 544 000 km², intégrant des pratiques agricoles durables. Ce modèle de conservation intégrée cherche à concilier protection de la faune et développement rural.

Par ailleurs, Camille Pacoua a mis en lumière l’importance de la certification dans le succès du mécanisme. Elle a insisté sur la nécessité d’instaurer des processus de vérification rigoureux et transparents pour rassurer les partenaires techniques et financiers et garantir la crédibilité du système.

La table ronde a rassemblé des participants venus de divers horizons, en présentiel et à distance, témoignant de l’intérêt croissant autour de ce projet pilote. Les échanges ont permis de croiser les expertises et d’évaluer les conditions de mise en œuvre du Crédit Bonobo, tant au niveau écologique qu’économique et social.

La journée s’est achevée sur une note symbolique rappelant la portée du projet : « Hier débiteur, le bonobo devient aujourd’hui un enjeu scientifique et économique. Il a payé sa dette. Désormais, c’est à nous de lui rendre justice. »

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