Dans le secteur de Mangbutu, au village de Wawa, territoire de Watsa, un conflit minier local continue de produire des remous loin des projecteurs nationaux. Tandis que l’espace public reste largement occupé par une controverse autour d’un montant de 25.000 dollars, présentée dans certains discours comme l’origine principale des tensions, d’autres éléments, moins médiatisés mais plus structurels, émergent progressivement des recoupements effectués sur le terrain.
Au centre de cette situation se trouvent deux exploitants artisanaux, M. Opi et Didier Angalo. Selon les documents consultés par notre rédaction et confirmés par plusieurs sources locales concordantes, les deux hommes sont reconnus depuis plusieurs années comme ayants droit d’un carré minier situé à Watsa. Les titres et autorisations dont ils disposent n’auraient, à ce jour, fait l’objet d’aucune annulation officielle connue.
D’après les informations recueillies, les tensions actuelles seraient liées à leur refus de s’engager dans une collaboration avec la Coopérative minière BOMOKANDI, une structure opérant dans la zone et dont les méthodes font l’objet de critiques récurrentes au sein de la communauté locale. Plusieurs acteurs interrogés décrivent une coopérative perçue comme exerçant des pressions, se prévalant de proximités supposées avec certaines autorités provinciales pour s’imposer dans les sites d’exploitation.
Les faits les plus marquants remontent au mois de décembre dernier. Selon des témoins locaux, un homme présenté comme Siméon Shiro, identifié comme responsable de la coopérative BOMOKANDI, aurait effectué une arrivée remarquée à Watsa. Toujours selon ces témoignages, cette installation se serait faite sans qu’un protocole d’accord formel ne soit préalablement conclu avec les détenteurs reconnus du carré minier. Plusieurs sources évoquent un climat d’intimidation, marqué notamment par la présence de militaires circulant en jeep et par l’invocation répétée de noms d’autorités administratives et sécuritaires.
Dans les semaines qui ont suivi, des activités d’exploitation auraient débuté sur le site, sans qu’une consultation communautaire formelle ne soit documentée. Plus d’un mois après le démarrage de ces opérations, aucune réalisation sociale tangible au bénéfice de la population riveraine n’a pu être confirmée par nos recoupements. Des habitants interrogés affirment ne pas avoir constaté d’actions concrètes en matière d’infrastructures communautaires, de soutien social ou de mécanismes de redistribution prévus dans le cadre de l’exploitation minière artisanale.
La communauté locale de Watsa exprime désormais ouvertement ses préoccupations. Plusieurs notables, membres de la société civile locale et résidents dénoncent ce qu’ils considèrent comme une mise à l’écart des ayants droit légitimes, ainsi qu’une exploitation des ressources sans contreparties visibles pour la collectivité. Ces critiques s’inscrivent dans un contexte plus large de fragilité de la gouvernance minière artisanale, où la question du consentement des communautés et du respect des droits fonciers reste régulièrement source de tensions.
La controverse autour des 25.000 dollars, souvent brandie comme l’élément central du conflit, apparaît, à la lumière des informations recueillies, plus complexe qu’il n’y paraît. Selon plusieurs sources impliquées dans la médiation locale, cette somme correspondrait à des obligations financières liées à l’exploitation minière, réparties sous l’arbitrage du chef du secteur Mangbutu. L’objectif affiché aurait été de préserver l’équilibre social entre les différentes parties prenantes.
Toujours selon ces sources, le montant aurait été ventilé entre le secteur administratif, le service des Mines, le SAEMAPE, les autorités traditionnelles, des représentants de la société civile ayant joué un rôle de médiation, ainsi que les ayants droit du carré minier. Toutefois, un point continue d’alimenter les interrogations : Siméon Shiro soutient, d’un côté, que M. Opi et Didier Angalo ne seraient pas les propriétaires légitimes du site, tout en affirmant, de l’autre, qu’ils auraient perçu une partie des 25.000 dollars. Cette contradiction est relevée par plusieurs observateurs locaux, qui estiment qu’elle fragilise la cohérence du récit défendu par la coopérative.
À ce stade, aucun document public ne permet de confirmer l’existence d’un protocole d’accord signé entre la Coopérative BOMOKANDI et des ayants droit reconnus avant le lancement des activités à Watsa. De même, aucune preuve formelle de réalisations sociales au profit de la communauté locale n’a été portée à la connaissance du public. La question du consentement préalable des propriétaires du carré minier demeure également sans réponse officielle.
À Watsa, au-delà des chiffres et des accusations croisées, le débat semble désormais se déplacer vers des enjeux plus fondamentaux : le respect des droits miniers établis, la transparence des arrangements locaux, et la place réelle accordée aux communautés riveraines dans l’exploitation de leurs ressources. Autant de questions qui, selon des acteurs du secteur, dépassent largement le cadre de ce village et renvoient aux défis persistants de la gouvernance minière en République démocratique du Congo.
Par kilalopress