Tshopo : L’exploitation minière illégale défie l’interdiction et le pouvoir de l’assemblée provinciale

Kisangani, 10 février 2024 — Malgré l’interdiction formelle votée par l’Assemblée provinciale de la Tshopo en décembre 2023 pour endiguer l’exploitation illicite des ressources minières, des activités clandestines persistent, accentuant de plus en plus une catastrophe écologique et sociale.

Des acteurs étrangers, épaulés par certaines coopératives locales, continuent de piller les minerais dans plusieurs territoires de la province, sous le regard impuissant des communautés et des défenseurs de l’environnement.Des alertes ignorées, des lois bafouées
Selon des rapports concordants de la société civile, les territoires de Bafwasende et Banalia sont au cœur de cette exploitation illégale. À Bafwasende, les secteurs de Bakundumu, Bafwandaka et Bemili voient des sociétés chinoises opérer en collaboration avec des coopératives locales, en violation flagrante des normes congolaises. « Ces acteurs agissent sans aucun document légal. Ils détruisent nos terres et ignorent les droits des communautés », dénonce Franck Bangwabedi, président de la société civile Forces vives de Bafwasende.

À Banalia, la situation est tout aussi alarmante. Didier Maindo, porte-parole de la société civile locale, révèle que des engins lourds convergent vers la zone de Mangi pour des extractions minières. Plusieurs véhicules transportant du carburant vers ces sites sont actuellement bloqués à Banalia centre, en attente de traverser la rivière Aruwimi, dont le bac est hors service depuis mercredi. L’administrateur du territoire, Gilbert Akapamba, confirme la présence de 75 ressortissants étrangers sur les sites miniers, mais reste évasif sur leur légalité. Parmi les entreprises pointées du doigt figurent Oracle Mining, Société Libela et COPEMO, toutes soupçonnées de collaborer avec des coopératives locales dépourvues d’autorisations légales.

Les conséquences de ces pratiques illégales sont dévastatrices. Les rivières Ituri, Aruwimi, Nepoko et Télé, vitales pour la pêche et l’approvisionnement en eau des populations, sont contaminées par les rejets miniers. « Ces pollueurs détruisent notre santé et notre environnement. Ils ne respectent ni les indemnisations ni les droits coutumiers », s’indigne Bangwabedi. À Banalia, la pollution de la rivière Télé provoque même des tensions avec la province voisine du Bas-Uele, dont des villages dépendent de ce cours d’eau. Les forêts, déjà fragilisées par la déforestation, subissent une pression accrue, menaçant la biodiversité et les moyens de subsistance des populations riveraines. Pourtant, malgré les multiples alertes de la société civile, les autorités provinciales restent sourdes. « Nous avons interpellé l’exécutif et l’Assemblée à plusieurs reprises. Aucune réponse. La corruption serait-elle en cause ? », interroge amèrement un membre de la société civile de Banalia.

L’Assemblée provinciale avait pourtant sonné l’alarme en septembre 2023, après une mission à Bafwasende révélant que des opérateurs miniers dissimulaient des activités d’exploitation sous couvert de « recherches ». Malgré cela, le vote de l’interdiction en décembre semble n’être qu’un vœu pieux. Aucune mesure concrète n’a suivi, laissant libre cours à une exploitation anarchique qui enrichit une minorité au détriment du bien commun.

Par kilalopress

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