Lusambo, 2025 – Dans le groupement de Bakuankoto, territoire de Lusambo, province du Sankuru, les habitants vivent depuis plusieurs mois une situation préoccupante : la présence croissante d’hippopotames le long de la rivière Sankuru. Ces animaux, autrefois symbole de richesse écologique, deviennent aujourd’hui une source d’angoisse pour les communautés locales.
Le chef de groupement, Adolphe Ngali Ilunga, a adressé une correspondance officielle aux autorités provinciales, demandant le refoulement des hippopotames qui, selon lui, détruisent les semences et menacent la sécurité alimentaire. « Ces bêtes méchantes plongent ma population dans la crise, et le passage sur la rivière Sankuru deviendra difficile dans les jours qui viennent », a-t-il écrit dans sa note du 26 août.

Le cas de Bakuankoto illustre un défi majeur en Afrique centrale : la cohabitation difficile entre communautés et faune sauvage. L’hippopotame, espèce protégée par les conventions internationales, joue un rôle écologique important en maintenant l’équilibre des rivières et des zones humides. Mais dans un contexte de forte pression démographique et de dépendance des populations à l’agriculture de subsistance, les dégâts causés aux champs sont vécus comme une véritable « hémorragie » économique et sociale.
Dans le Sankuru, où la majorité des familles vit de l’agriculture vivrière, la perte d’un champ de manioc, de maïs ou d’arachides signifie moins de nourriture et moins de revenus. La destruction répétée des semences par les hippopotames pourrait donc accentuer l’insécurité alimentaire dans une région déjà vulnérable.
Les experts en conservation interroger par kilalopress rappellent qu’il existe plusieurs approches alternatives au refoulement pur et simple des animaux, souvent difficile à réaliser et risqué pour les populations. Parmi celles-ci, la mise en place de barrières naturelles ou écologiques, comme des plantations répulsives ou des haies vives, permet de protéger les champs. Le développement de zones tampons entre l’habitat humain et les corridors de faune, la sensibilisation communautaire à la gestion des conflits homme-faune et le soutien des autorités à des activités alternatives génératrices de revenus peuvent également réduire la dépendance directe aux cultures les plus exposées.

La lettre du chef de groupement de Bakuankoto est un signal d’alarme qui interpelle l’État, les autorités provinciales et les partenaires environnementaux : il s’agit non seulement de protéger les populations mais aussi de garantir la survie d’une espèce emblématique de la biodiversité congolaise. La cohabitation avec les hippopotames reste un défi complexe. Mais, gérée avec intelligence et coopération, elle peut devenir un levier de développement durable, transformant la menace en opportunité pour les communautés riveraines de la Sankuru.
Par kilalopress