À l’heure où les catastrophes climatiques se multiplient, la République démocratique du Congo – pays que l’on surnomme volontiers « château d’eau de l’Afrique » – révèle une paradoxale vulnérabilité. Junior Zoka, Ambassadeur du mouvement international No Water No Us, en dresse un constat lucide : « La RDC concentre 52 % des réserves d’eau de surface du continent africain et près de 47 % de ses nappes phréatiques non renouvelables. Pourtant, des millions de Congolais, surtout à Kinshasa, n’ont toujours pas accès à une eau potable et sécurisée. »
Le Congo bénéficie d’un positionnement géographique exceptionnel, traversé par l’équateur et irrigué par des pluies abondantes. Mais ces atouts se transforment en mirage. Selon Junior Zoka, la capitale, forte de plus de 16 millions d’habitants dont 70 % vivent en périphérie, « gère ses nappes souterraines de façon préoccupante ». Résultat : une résurgence du choléra, de la fièvre typhoïde et d’autres maladies hydriques.

Cette défaillance n’est pas seulement technique ; elle illustre une faiblesse de gouvernance. Les forages incontrôlés, la pollution urbaine et l’absence de traitement des eaux usées fragilisent les aquifères. « La mauvaise gestion des eaux souterraines place la population face à des dangers réels », prévient l’ambassadeur.

No Water No Us mise sur une diplomatie citoyenne : conférences, débats scientifiques et mobilisations de la diaspora congolaise pour infléchir les politiques publiques. « Nous parlons directement aux dirigeants, aux grandes entreprises et aux universitaires », explique Zoka. L’objectif : ancrer la responsabilité sociétale et environnementale dans les pratiques des investisseurs qui affluent en RDC.
Un grand rendez-vous national, initialement prévu fin 2025, se tiendra finalement en juin 2026. Il rassemblera autorités, chercheurs et secteur privé afin de bâtir une stratégie d’accès universel à l’eau potable et de réutilisation des eaux usées.
Dans un pays où les mines attirent les capitaux étrangers, Zoka appelle à rééquilibrer les priorités : « Les entreprises viennent exploiter les ressources, mais qu’offrent-elles en retour pour que les habitants puissent vivre dans de meilleures conditions ? »

Son message est sans détour : la RDC dispose d’un capital hydrique colossal, mais ce trésor ne protégera ni les enfants de Kinshasa ni les villages reculés de ce pays si l’État congolais , les entreprises et la société civile n’investissent pas ensemble dans une gestion durable. « Sans eau, il n’y a pas d’avenir, rappelle-t-il. No Water, No Us. » Dans un contexte de réchauffement climatique et de croissance démographique explosive dans plusieurs provinces de la RDC, l’avertissement de ce mouvement résonne comme un impératif scientifique et politique : préserver l’or bleu congolais ne doit plus etre une option, mais une urgence nationale.
Par kilalopress