RDC : à Kinshasa, l’APEM dénonce des atteintes graves à l’environnement et aux droits des communautés dans la Tshopo

Kinshasa, 17 avril 2026 — L’ONG APEM RDC a alerté, vendredi à Kinshasa, sur les conséquences « préoccupantes » de l’exploitation minière artisanale et industrielle dans la province de la Tshopo, dénonçant des atteintes à la fois environnementales, sociales et culturelles affectant les peuples autochtones pygmées et les communautés locales.

Dès l’ouverture de la conférence de presse, le coordinateur national de l’organisation, Maître Blaise Mudodosi, a dressé un tableau qu’il qualifie de « préoccupant », évoquant une exploitation minière « destructrice » qui compromet, selon lui, l’équilibre écologique, la survie des forêts et les droits fondamentaux des communautés locales.

Dans un communiqué rendu public à cette occasion, l’organisation rappelle que la République démocratique du Congo abrite plus de 152 millions d’hectares de forêts, constituant le deuxième plus grand massif forestier tropical au monde. Un écosystème vital dont dépendent directement près de 40 millions de personnes, parmi lesquelles environ un million de peuples autochtones pygmées.

Malgré l’existence de cadres juridiques reconnaissant leurs droits, l’APEM souligne que les droits fonciers coutumiers de ces communautés demeurent « précaires et insuffisamment sécurisés », en particulier dans des zones soumises à une pression minière croissante. Depuis 2020, l’organisation, en partenariat avec Forest Peoples Programme (FPP), dit documenter les effets de l’exploitation aurifère dans les territoires de Banalia et Bafwasende, où opèrent notamment des acteurs tels que COMIBAV et ALL FOR ONE MINING.

Selon Maître Blaise Mudodosi, les activités minières artisanales et semi-industrielles entraînent une « destruction massive » des forêts, avec des conséquences directes sur les moyens de subsistance des populations locales.

Il évoque notamment la disparition progressive de la faune, affectant la chasse, ainsi que la perte d’espèces végétales essentielles à la pharmacopée traditionnelle. L’organisation signale également une raréfaction des produits forestiers non ligneux — notamment les chenilles, les champignons et les fruits sauvages — qui constituent une source importante d’alimentation et de revenus pour les communautés locales.

« La forêt, pilier de la vie culturelle, spirituelle et économique des communautés, est aujourd’hui gravement menacée », souligne le communiqué.

Prenant la parole à son tour, le chargé de projet de l’APEM RDC, Germain Kikandi, a mis en avant les conséquences humaines directes de cette exploitation. Selon lui, les activités minières dans les cours d’eau, notamment dans la rivière Aruwimi, entraîneraient une diminution « drastique » des ressources halieutiques ainsi qu’une contamination de l’eau par des substances toxiques, dont le mercure.

Une situation qui rendrait l’eau impropre à la consommation et compromettrait son utilisation pour les besoins domestiques des populations riveraines.

L’APEM dénonce également l’abandon des sites miniers sans réhabilitation.
Selon Germain Kikandi, de nombreuses fosses profondes sont laissées ouvertes sans signalisation, exposant les populations à des risques importants. Il indique que plusieurs cas de noyade ont déjà été enregistrés dans ces zones.

Sur le plan social, l’organisation met en avant des violations des droits fonciers et humains, malgré l’existence de textes légaux tels que la loi n°22/030 et le Code minier. Elle cite notamment l’absence de Consentement Libre, Informé et Préalable (CLIP), la destruction de champs sans indemnisation, la profanation de sites culturels et sacrés, ainsi que la marginalisation des communautés dans les processus décisionnels.

Face à ces constats, l’APEM formule une série de recommandations à l’endroit de l’État congolais, des entreprises minières et des communautés locales. L’organisation appelle notamment à garantir le respect du CLIP, à assurer des indemnisations justes, à imposer le respect des normes environnementales et à exiger la réhabilitation des sites exploités.

Elle plaide également pour l’interdiction de l’usage de produits polluants et pour un renforcement des mesures de sécurité. À travers cette prise de parole, Maître Blaise Mudodosi et Germain Kikandi ont insisté sur la nécessité d’une action urgente pour faire face à une situation qu’ils jugent préoccupante dans la province de la Tshopo.

Par Asani musungay

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