RDC : Restitution de la recherche « La Ruée Verte » à Kinshasa – La société civile environnementale mobilisée pour une gouvernance plus juste du marché carbone

05 septembre 2025 – Kinshasa – Le vendredi 5 septembre 2025, le bureau de l’ONG APEM, à Kinshasa, a accueilli un événement marquant dans le cadre de la recherche participative sur le marché carbone en République démocratique du Congo : la projection du documentaire « Le Green Rush », précédée de la présentation des résultats préliminaires d’une étude menée conjointement par Rainforest Foundation UK (RFUK) et APEM.

La rencontre, également retransmise en ligne, a réuni des membres du Réseau Environnement, Droits et Humains (R-EDH), soulignant l’engagement croissant de la société civile environnementale dans les débats sur la gouvernance des ressources naturelles.

En ouverture de la séance, Me Willy Elua, avocat et chargé de campagne de l’ONG APEM, a souhaité la bienvenue aux participants, les invitant à une implication rigoureuse dans cette initiative technique et citoyenne. Il a rappelé l’importance de ce travail amorcé depuis 2024 avec le soutien de Rainforest Foundation UK.

Prenant la parole à sa suite, Mme Vittoria Moretti, chargée de plaidoyer à la RFUK, a contextualisé la recherche en insistant sur les approches méthodologiques. Les résultats phares sont notamment la prolifération rapide et souvent opaque des concessions de conservation privée vouées au marché carbone, dans lesquels les communautés locales sont trop souvent exclues du processus décisionnel, malgré les impacts directs sur leurs terres traditionnelles.

La projection du documentaire « Le Green Rush » a ensuite plongé la salle dans une atmosphère de réflexion intense. Pendant 30 minutes, le documentaire, qui a donné la voix aux communautés locales et autochtones recueillies dans les provinces de l’Équateur, Maï-Ndombe, Tshopo et Nord-Ubangi, a mis en lumière les vérités cachées du marché volontaire en RDC.

« Ce documentaire est un miroir tendu par les communautés rurales. Il nous interpelle sur nos responsabilités collectives », a déclaré une participante, juriste membre du Réseau EDH.

À la suite de la projection, Me Blaise Mudodosi, Coordonnateur de APEM, a insisté sur l’objectif central de la recherche : comprendre, documenter et amplifier les voix des communautés affectées. « Cette recherche n’est pas qu’un rapport. C’est un outil de plaidoyer pour une réforme en profondeur des mécanismes de gouvernance environnementale en RDC », a-t-il affirmé, appelant la société civile environnementale à jouer pleinement son rôle d’éclaireur de l’opinion sur les réalités du marché carbone.

Plusieurs intervenants ont salué le courage du documentaire, qui met en lumière les abus et la désinformation entourant des projets souvent présentés comme des “opportunités vertes”, mais vécus localement comme des formes de dépossession.

« Pourquoi, après tant d’années de politiques forestières, n’existe-t-il toujours pas d’initiatives réellement positives, comme celles évoquées par certains acteurs du secteur ? » s’est interrogé un participant.

Un autre a renchéri :
« Ce film montre l’urgence de repenser les modalités d’approbation de ces projets. Le gouvernement ne peut continuer à ignorer la voix de la société civile. »

Il est à souligner que la restitution a également été un véritable espace de dialogue et de débat approfondi. Les participants ont multiplié les échanges, confrontant expériences de terrain, observations et analyses techniques, pour formuler des recommandations concrètes et diversifiées. Ces orientations, parfois consensuelles, parfois nuancées, ont porté sur l’amélioration de la transparence des projets, l’inclusion réelle des communautés dans la prise de décision, le renforcement des mécanismes de suivi et la responsabilisation des acteurs privés et publics. Les discussions ont également mis en évidence la nécessité de bâtir des synergies entre la société civile, les institutions publiques et les partenaires internationaux afin d’assurer que le marché carbone bénéficie réellement aux populations locales. Les recommandations recueillies lors de cette séance serviront non seulement à enrichir le rapport final et le documentaire, mais aussi à alimenter un plaidoyer stratégique auprès des décideurs politiques et des bailleurs de fonds, renforçant ainsi la pertinence et l’impact de ce travail de recherche participative.

La séance de Kinshasa s’est conclue sur un consensus : intégrer les recommandations issues de cette restitution avant d’organiser une projection élargie à un public plus vaste, incluant cette fois les autorités nationales, bailleurs de fonds, partenaires techniques, ambassades et représentants des communautés avec comme objectif de porter un message unifié de la société civile congolaise auprès des décideurs politiques.

Cette rencontre a permis egalement de renforcer l’appropriation des résultats par les membres du Réseau EDH, tout en jetant les bases d’un plaidoyer coordonné sur les enjeux de finance climatique et de respect des droits des communautés locales. Les commentaires recueillis seront intégrés dans la version finale du rapport et du documentaire, avant leur diffusion à l’échelle nationale et internationale. En clôture, Willy Elua de l’ONG APEM a rappelé l’essentiel de cette démarche :
« Ce que nous voulons, ce n’est pas seulement dénoncer, mais construire. Construire un cadre de gouvernance qui respecte les droits des peuples autochtones et protège nos forêts. »

Pour Franck Zongwe Lukama, consultant journaliste de Kilalopress ayant collaboré avec l’APEM dans la réalisation de ce documentaire : « Cette rencontre de restitution n’est pas qu’un atelier d’échanges, mais un cadre scientifique qui marque un début prometteur. » Selon lui, elle ouvre la voie à une participation plus large et à des décisions mieux partagées, afin que le marché carbone en RDC profite réellement aux communautés et à l’environnement.

Par Kilalopress

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