Tshopo : Kisangani accueille l’atelier sur la faune sauvage – enjeux miniers, braconnage et savoirs traditionnels au centre des débats

L’atelier interprovincial sur la réforme de la gestion durable de la faune sauvage s’est ouvert à Kisangani mardi 9 septembre, dans le cadre du processus visant à doter la RDC d’une Politique Nationale de la Faune Sauvage (PNFS).

Lancée par la ministre provinciale de l’Environnement, Bijou Koy, cette rencontre réunit les acteurs des services techniques de l’état du secteur environnemental, de la société civile, du monde scientifique, du secteur privé et des partenaires, venus de toutes les provinces de l’ex-Province Orientale notamment la Tshopo, le Haut et Bas Uélé.

Dans son mot d’ouverture, la ministre a rappelé la richesse faunique exceptionnelle que regorge l’espace grande Orientale. Mais elle a aussi mis en garde contre les menaces croissantes, notamment la surexploitation et le cadre légal obsolète.

Le représentant de la FAO, partenaire financier de l’atelier, a lui aussi insisté sur le rôle stratégique de la Tshopo, « riche en faune mais insuffisamment gérée de manière durable ».

La complexité des pressions : exploitation minière et braconnage

Lors des échanges pour la première journée, Jean Baudouin Badiabale, Coordonnateur provincial du GTCRR du Bas-Uélé, a mis en lumière la complexité des pressions qui pèsent sur la conservation.

Selon lui, la porosité des frontières favorise le braconnage transfrontalier

Les ivoires et d’autres espèces sont emportés sans aucun contrôle ,

a-t-il dénoncé.

Autre défi, c’est la migration, notamment les éleveurs mbororo qui brûlent les forêts du Bas Uélé en quête des pâtures.

Il a également relevé un dilemme majeur : la coexistence de réserves protégées et de gisements miniers dans les mêmes zones.

Là où on protège la faune, on exploite aussi l’or. Des puits sont creusés, les niches écologiques sont menacées, et les rejets minéralisés accélèrent la savanisation

a-t-il expliqué, soulignant le conflit permanent entre exploitation artisanale et conservation.

Héritages législatifs et savoirs traditionnels

De son côté, le Professeur Frank Bapeamoni, de l’Université de Kisangani et représentant du CITES, a replacé le débat dans une perspective historique et culturelle.

Pour lui, la faune est un héritage à double visage : un actif et un passif. Il a rappelé que dans les sociétés traditionnelles, la gestion reposait sur l’autorité coutumière et une faible pression démographique, ce qui permettait un équilibre naturel.

Mais avec l’arrivée de la colonisation, la RDC a hérité de lois « conçues pour les intérêts du colon », et aujourd’hui encore, des normes internationales influencent les politiques nationales, parfois au détriment des réalités locales.

Un animal qui n’est pas menacé ici peut devenir un problème chez nous parce qu’il est très demandé sur le marché international ,

a-t-il déploré.

Le professeur appelle à une réflexion profonde :

Nous devons proposer des réformes qui fassent de la faune sauvage un pilier économique pour notre pays, en harmonie avec la conservation. Si nous exterminons la faune, nous disparaîtrons aussi ,

a-t-il conclu.

Ces interventions traduisent l’importance de cet atelier de Kisangani : élaborer une politique nationale qui tienne compte à la fois des enjeux économiques, des pressions locales et internationales, mais aussi des savoirs endogènes hérités des communautés. Un chantier complexe, mais nécessaire, pour que la RDC transforme sa richesse faunique en levier de développement durable.

Gérard Mulende OMARI

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