Cette scène digne d’un film post-apocalyptique n’est pas tirée d’un scénario de fiction, mais bien du quotidien brutal des populations du village de Mégé, dans le territoire de Watsa, province du Haut-Uélé. Ce 25 juin 2025, l’impensable est devenu réalité : une lettre de sommation finale signée par l’administrateur du territoire intime aux habitants de déguerpir dans les 48 heures, sans jugement, sans relogement, sans indemnisation. https://kilalopress.net/actualites/48-heures-pour-disparaitre-le-massacre-silencieux-de-mege-par-kibali-gold-mines-avec-la-benediction-des-autorites-congolaises-le-gouvernement-suminwa-doit-repondre/Une opération d’expulsion express, menée au profit de la puissante société minière KIBALI GOLD MINES, avec la complicité manifeste des autorités locales.
Depuis ce jour, c’est le chaos social. Des familles entières sont séparées : les hommes, incapables de protéger leurs foyers, dorment tantôt chez des camarades, tantôt dans les cours d’inconnus qui acceptent de les héberger une nuit. Les femmes, restées avec les enfants, s’entassent chez des voisins déjà saturés. Certains n’ont trouvé d’autre refuge que la belle étoile : des dizaines d’enfants dorment à même le sol, exposés aux moustiques, au froid de la nuit et aux pluies diluviennes. Le jour, c’est le soleil brûlant qui les terrasse.

Dans ce désastre humanitaire, des scènes insoutenables se multiplient :
- des malades abandonnés sans soins, faute d’abri ou de moyens pour atteindre un centre de santé ;
- des enfants errant pieds nus dans les herbes hautes, à la recherche de quoi manger ;
- des mères portant des bébés dénutris, qui pleurent de faim sous des bâches improvisées ;
- des vieillards incapables de marcher, traînés sur des charrettes abandonnées au bord de la route.
Et ce drame ne date pas d’hier. À partir du 28 juin 2025, la société avait déjà commencé à détruire les maisons et à chasser les habitants. Certains, n’ayant pas d’autre choix, ont fui loin de Mégé. Mais d’autres, incapables de savoir où aller, sont restés sur place, assis à même le sol, comme figés dans l’attente. Derrière eux, la scène est déchirante : leurs terres, déjà encerclées par la clôture métallique installée par Kibali Gold, engloutissent peu à peu leurs souvenirs. Sur ces parcelles, ils avaient bâti leurs maisons, cultivé leurs champs, enterré leurs parents et leurs grands-parents. Aujourd’hui, tout cela est accaparé, effacé, nié. La population, impuissante, regarde en silence cette injustice qui la dépouille non seulement de son présent mais aussi de sa mémoire.
Cela fait plusieurs semaines que les alertes se multiplient sur le terrain. Depuis le 28 mai, les habitants de Mégé dénoncent menaces, intimidations, harcèlements — mais aucune mesure n’a été prise pour les protéger. Aujourd’hui, on ne parle plus de menace, mais d’éradication planifiée. Ce sont des centaines de familles congolaises que l’on arrache à leur sol, leur histoire, leurs racines. Et tout cela, dans un silence presque total des institutions de la République.
Les faits documentés par la société civile sont accablants : tortures, arrestations arbitraires, traitements inhumains, pillages organisés, enlèvements… Une terreur organisée qui ne laisse aucun doute sur la nature de l’opération : ce n’est pas une simple mesure administrative, c’est un nettoyage communautaire au nom du profit minier.https://kilalopress.net/non-classe-fr/haut-uele-plus-de-100-victimes-signent-une-plainte-contre-tatsima-malala-claude-pour-un-accord-illegal-avec-kibali-mine-gold-sans-mandat-officiel-de-la-population-de-mege/
Face à cette catastrophe humaine, une correspondance officielle a été adressée au Procureur Général près la Cour d’appel de Haut-Uélé, dénonçant une décision illégale, arbitraire et contraire aux droits humains fondamentaux. Les accusations portées sont graves : imposition d’autorité en dehors du cadre légal, traitement discriminatoire à caractère ethnique, usage de la force en violation flagrante de la Constitution congolaise et du droit international humanitaire.
L’article 30 de la Constitution garantit pourtant le droit de résidence. L’article 16 protège l’intégrité physique. L’article 8 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques interdit toute forme de torture. Ces droits sont aujourd’hui foulés aux pieds à Mégé. Et le gouvernement Suminwa, jusqu’à présent, reste muet.https://kilalopress.net/actualites/haut-uele-deuxieme-jour-de-calvaire-a-mege-17-maisons-brulees-leau-potable-detruite-et-plusieurs-familles-sans-abri-pourchasser-par-les-autorites-provinciales-et-kibali-gold-mine/
Dans ce drame, il ne s’agit pas uniquement de droit. Il s’agit de vies brisées, de villages condamnés à disparaître, de femmes et d’enfants condamnés à errer, sans solution. La situation de Marie est loin d’être isolée : c’est le quotidien de centaines d’habitants qui, en quelques heures, se retrouvent apatrides dans leur propre pays.
« Ce n’est pas une expulsion, c’est une élimination », déclare un militant local sous couvert d’anonymat. Et il a raison : la logique extractive prédatrice qui prévaut dans certaines zones minières transforme les Congolais en intrus sur leurs propres terres. Ce qu’on appelle développement devient un processus d’exclusion, une machine à détruire des vies pour enrichir quelques intérêts économiques, souvent étrangers, toujours puissants.
Il faut le dire sans détour : la société KIBALI GOLD MINES n’agit pas seule. Elle bénéficie de relais politiques, d’alliances dans l’administration locale, de complicités qui laissent faire, voire qui ordonnent. L’État congolais, censé être le garant des droits de ses citoyens, devient l’instrument de leur dépossession.

Les défenseurs locaux de cette partie de la RDC lancent un appel urgent et sans ambiguïté au gouvernement Suminwa : il ne peut pas rester spectateur de cette violence. Il doit ordonner la suspension immédiate de la sommation, ouvrir une enquête indépendante sur les abus commis à Mégé, et protéger les populations contre les intérêts miniers qui les écrasent.https://kilalopress.net/actualites/rdc-22-jours-de-detention-arbitraire-pour-sadiki-shemukobya-espoir-dans-le-dossier-du-village-de-mege-dans-la-province-du-haut-uele-me-olivier-ndoole-bahemuke-alerte-lindignation/
Le gouvernement doit comprendre que protéger ses citoyens est plus important que garantir des concessions minières à tout prix. On ne construit pas un État de droit sur les cendres des villages effacés. On ne parle pas de progrès quand les communautés meurent en silence.
Par kilalopress