RDC : quand la CNDH fabrique une liste noire pour museler les défenseurs de l’environnement

Alors que les forêts congolaises brûlent sous la cupidité des exploitants illégaux et que les rivières s’empoisonnent au mercure, ceux qui osent encore défendre la vie se retrouvent aujourd’hui face à un danger tout aussi perfide : la manœuvre de fichage imposée par la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH).

Dans un communiqué d’une rare virulence (N° 005/ACEDH/2025), l’Action Congolaise pour l’Environnement et les Droits Humains (ACEDH) dénonce un processus « extrêmement périlleux », officialisé en août 2025, qui n’a d’autre but que de dresser une liste noire des défenseurs des droits humains. Derrière un vernis de « transparence », la CNDH réclame une véritable fouille identitaire : lettre de demande ou de recommandation, copie de pièce d’identité, photos, rapport d’activités, déclaration sur l’honneur, preuve d’existence légale… un arsenal administratif digne d’un service de renseignement.

Présentée comme volontaire, cette opération est en réalité obligatoire : sans la fameuse carte d’identification, impossible de bénéficier de la moindre protection. C’est la porte ouverte à un système de “bons” et “mauvais” défenseurs, où les récalcitrants seront marginalisés, punis, voire effacés. L’ACEDH dénonce un « répertoire national officiel » qui permettra de surveiller, cibler et retirer à tout moment la carte d’un militant – un instrument parfait pour museler les voix libres. Dans un pays où 97 militants ont déjà été arrêtés ou poursuivis arbitrairement entre 2020 et 2022, cette base de données ressemble à une liste de chasse.

Le scandale est d’autant plus grand que la loi n° 23/027 du 15 juin 2023 n’a jamais prévu pareille intrusion. Elle garantissait l’indépendance des défenseurs. La CNDH foule ce texte aux pieds, tout comme la Constitution et les instruments internationaux qu’elle est censée respecter. Et ce, alors que le rapport Global Witness de septembre 2025 rappelle qu’au moins 146 défenseurs de l’environnement ont été tués ou ont disparu dans le monde cette année. Au lieu de protéger les sentinelles de la planète, la CNDH les livre à leurs bourreaux.

Les plus menacés sont les paysans, les peuples autochtones, les gardiens des forêts et des rivières – ceux-là mêmes qui résistent aux convoitises minières et foncières. Leur vulnérabilité est évidente, mais le pouvoir préfère exiger leurs papiers plutôt que de protéger leurs vies. Cette opération n’est pas un simple excès bureaucratique : c’est une arme de peur massive, un appel à l’autocensure, à l’intimidation, à la disparition.

Screenshot

L’ACEDH exige donc la suspension immédiate de cette mesure, l’évaluation de son impact sur les défenseurs ruraux, la présentation des propositions des bénéficiaires de la loi aux décideurs, la création d’une commission mixte DDH–CNDH, la révision en profondeur du cadre juridique – y compris une saisine de la Cour constitutionnelle pour inconstitutionnalité – et, en cas d’atermoiements, l’intervention des deux chambres du Parlement pour rayer du droit congolais ces dispositions toxiques. Elle réclame aussi un dialogue inclusif et transparent, conforme aux standards internationaux, avant toute action.

La défense des droits humains n’est pas une faveur de l’État : c’est un pilier de la démocratie. Chaque carte d’identification délivrée sous cette procédure sera perçue pour ce qu’elle est : un permis de traque. Tant que la CNDH n’aura pas retiré ce dispositif, elle restera complice d’une politique de peur qui transforme les défenseurs en cibles. À Kinshasa comme dans les villages forestiers, la société civile a parlé. La CNDH doit choisir : protéger les libertés ou devenir le bras administratif de la répression. Qu’elle n’imagine pas que l’histoire sera clémente avec ceux qui auront mis les défenseurs de la vie sur une liste noire.

Par kilalopress

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *