Trois ans après l’entrée en vigueur de la fameuse « dotation de 0,3 % », censée réparer les ravages miniers, la réalité est indéfendable : l’argent qui devait revenir aux villages meurtris est confisqué, détourné, englouti dans les poches des compagnies et de leurs complices au sommet de l’État. Pendant que les mines enrichissent les actionnaires étrangers, les communautés vivent sur des terres dévastées, respirent une poussière empoisonnée et boivent une eau souillée. C’est un hold-up organisé.
Le Code minier révisé en 2018 promettait un minimum de justice : prélever une infime part du chiffre d’affaires des compagnies pour financer écoles, cliniques, eau potable. Mais le gouvernement a traîné quatre ans avant de lancer les Organismes Spécialisés (OS). Depuis 2022, ces 46 structures ne sont qu’un rideau de fumée : sites internet inexistants, données cachées, comptes scellés. Dans le Haut-Katanga, à peine trois OS sur vingt-six osent publier la moindre information.
Les géants miniers se moquent ouvertement des Congolais. COMMUS, Ruashi Mining, KCC, TFM, Sicomines… la liste des mauvais payeurs ressemble à un inventaire des plus gros exploitants du pays. Certains se contentent de miettes, d’autres n’ont pas versé un seul franc depuis 2018. Et que fait l’État ? Rien. Le Code minier prévoit pourtant le retrait pur et simple des permis. Mais les barons miniers savent qu’aucune sanction ne tombera : le silence des autorités est une autorisation tacite de piller.
Le Comité de supervision, soi-disant gendarme du mécanisme, se sert au passage : 4 % prélevés sur chaque dotation, mais aucun rapport public. Pendant ce temps, les frais de fonctionnement explosent, les projets de développement restent invisibles et les villages miniers s’enfoncent dans la misère. Ce n’est pas de la simple incompétence : c’est une alliance de profiteurs qui sacrifient des vies pour préserver leurs privilèges.
Ces milliards qui disparaissent, ce sont des puits qui ne verront jamais le jour, des hôpitaux qui n’ouvriront jamais, des enfants condamnés à boire une eau chargée de métaux lourds. Les communautés minières sont laissées pour mortes. Elles fournissent le cobalt des voitures électriques du monde entier, mais n’ont ni route digne, ni dispensaire, ni école. Leur richesse nourrit le confort des autres, pas leur survie.
Les « recommandations » d’Afrewatch ne sont plus des conseils : elles sont un ultimatum. Les communautés ont droit à des sanctions immédiates : retrait des permis aux entreprises fraudeuses, poursuites judiciaires, publication intégrale des flux financiers. Pas demain, maintenant.
Assez de promesses. Assez de réunions creuses. Les Congolais des zones minières ne quémandent pas la charité : ils exigent leur dû, inscrit dans la loi. Chaque jour de retard est une gifle de plus. Si l’État ne défend pas ses propres citoyens, il se rend complice du pillage. Le temps des excuses est terminé : il faut reprendre aux prédateurs ce qu’ils volent aux communautés, ou admettre que la RDC a choisi de trahir son peuple.
Par kilalopress