Beni, Nord-Kivu – Samedi 20 septembre, la ville a vibré au rythme d’une révolte citoyenne. Des dizaines de jeunes, regroupés dans le mouvement Extinction Rebellion, ont transformé les artères de Beni en un mur humain contre l’exploitation pétrolière dans le Graben Albertin. Leur message est clair : pas une goutte de pétrole ne doit couler sur les terres qui nourrissent leurs familles et abritent l’un des joyaux planétaires de biodiversité, le parc national des Virunga.
De l’emblématique rond-point ENRA jusqu’au marché de Mayangose, la marche de la campagne « Draw the Line » – « Trace la ligne rouge » – a pris des allures de procès public. Procès contre un État congolais qui, au nom d’un développement fantasmé, a déjà cédé 58 blocs pétroliers à des investisseurs de la Communauté d’Afrique de l’Est. Procès contre un modèle économique qui promet richesse et ne livre que misère et conflits. « Nos mamans, nos papas, ne cédez pas vos terres. Le pétrole, c’est une troisième guerre qui s’annonce après les ADF et le M23 », tonne Nick Junior, l’un des visages de ce soulèvement. Dans une ville encore marquée par le sang et les cicatrices de l’insécurité, la mise en garde résonne comme une sirène d’alarme.
À ses côtés, Loswire Shabani ravive la mémoire collective : « Depuis que ce pays brade ses minerais, qui parmi nous a vu un gramme d’or ? Pourquoi croire que le pétrole serait différent ? ». Les mots claquent, indéniables, devant les femmes maraîchères qui nourrissent Beni au prix de leur sueur.
Blessing Muhiwa complète le tableau : l’agriculture, la pêche artisanale sur les lacs Albert et Édouard, le petit commerce, tout un tissu de vie menacé par les forages. Ici, chaque hectare arraché au sol fertile est une assiette vide, chaque fuite de pétrole une rivière morte. Et la population, loin de rester simple spectatrice, embrasse cette résistance. Des femmes du marché de Mayangose jurent déjà de devenir « ambassadrices » de la lutte. Elles savent que céder, c’est perdre plus qu’une parcelle : c’est voir disparaître leur avenir, celui de leurs enfants et l’équilibre d’un écosystème unique au monde.
Dans un pays où les élites s’enrichissent à coups de concessions opaques, Beni envoie un signal brutal : la ligne rouge est tracée. Au gouvernement, aux compagnies pétrolières, aux profiteurs de la déforestation et des rivières empoisonnées, la jeunesse crie : « Touchez à nos terres et vous trouverez tout un peuple debout. »
Par kilalopress