Kinshasa -18 septembre 2025 – Une décision administrative en apparence technique a déclenché une tempête politique et institutionnelle au cœur même du dispositif de protection de la nature en République démocratique du Congo (RDC). La « Décision n°019/ICCN/DG/…/2025 », signée début septembre par la direction générale de l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN), a provoqué un affrontement frontal avec le Corps chargé de la sécurisation des parcs nationaux et réserves naturelles apparentées (CorPPN).
Ce texte, qui affecte et met en place de nouveaux responsables au sein du CorPPN – une force paramilitaire censée protéger la faune, la flore et les écosystèmes – a été pris unilatéralement par le directeur général de l’ICCN. Problème : Selon le décret du premier ministre créant le CorPPN la mission du l’iccn est de coordonner les activités de cette structure paramilitaire et non y nommer et affecter les officiers car celles-ci sont des prérogatives relevant du commandant CorPPN qui plus est nommé par ordonnance présidentielle autant que le directeur général de l’ICCN en lieu et place de sa mission se limiterait à coordonner les activitées et faire des propositions, non à signer des affectations, une prérogative réservée aux autorités militaires

Le ministre de la Défense, Guy Kabombo Mwadiamvita , a d’ailleurs convoqué le patron de l’ICCN pour une interpellation prévue le 15 septembre. Mais la rencontre, déjà reportée une première fois, a encore été renvoyée sans nouvelle date, accentuant les rumeurs et les crispations.
Derrière ce bras de fer, plusieurs dossiers explosifs affleurent :
- Braconnage organisé – La recrudescence du commerce illégal d’ivoire et d’espèces protégées alimente les soupçons de complicités à haut niveau.
- Chevauchement des mandats sécuritaires – Entre forces armées, CorPPN et agences privées, la question du « qui commande » reste floue, dans un contexte où les groupes armés sévissent toujours dans l’est du pays.
- Contrats opaques – Des voix internes dénoncent des marchés de surveillance et d’entretien de réserves naturelles confiés à des sociétés de sécurité privées, parfois proches de personnalités politiques.

Ce conflit de compétences survient alors que les parcs nationaux congolais, joyaux de biodiversité mondiale, subissent déjà la pression des guerres, du braconnage industriel et des concessions minières illégales. Chaque semaine perdue dans ce bras de fer administratif ouvre une brèche aux trafiquants et aux milices. Pour de nombreux observateurs, l’affaire illustre le flou et le vide juridique entourant la gouvernance environnementale en RDC : « On ne peut pas confier la vie des nos especes sauvages à des institutions qui se disputent les galons », s’indigne un expert congolais de la conservation qui a requis l’anonymat.

Tant que la hiérarchie des responsabilités entre le ministère de la Défense, l’ICCN et le CorPPN ne sera pas clarifiée, en RDC la protection des parcs restera otage d’un duel bureaucratique. Une situation qui, dans un pays déjà miné par les conflits armés, pourrait coûter bien plus cher que quelques postes de commandement : celle de la survie même de son patrimoine naturel.
Par kilalopress