La province du Sankuru se transforme en scène de crime à ciel ouvert. Chaque coup de fusil qui résonne dans la forêt équatoriale est un pas de plus vers l’effacement d’une espèce qui incarne notre propre histoire évolutive. Les bonobos – ces êtres qui partagent 98,7 % de notre ADN – sont massacrés sous nos yeux, et l’indifférence collective est tout aussi meurtrière que les balles des braconniers.
Depuis 2020, plus de cinquante jeunes bonobos orphelins ont été recensés. Cinquante petits arrachés au ventre de la forêt parce que leurs mères ont été abattues pour la viande ou vendues vivantes. La loi congolaise de 2014, qui interdit strictement la chasse et la capture de cette espèce, n’est plus qu’un chiffon de papier. Les trafiquants prospèrent, les autorités tergiversent, et la République démocratique du Congo laisse se consumer l’un de ses trésors biologiques les plus précieux.
Les appels au secours de Fidèle Ilembe, coordonnateur provincial de l’Environnement, résonnent dans le vide. Sensibilisations, ateliers, « partenariats » : tout cela n’est qu’un vernis sur une réalité implacable – un manque total de moyens, des patrouilles inexistantes, et une corruption qui ouvre grand la porte aux criminels de la faune. Pendant que les discours se multiplient, la forêt se vide.
Le bonobo n’est pas un simple animal exotique. C’est un régulateur de la forêt, un semeur de graines, un pilier de l’équilibre climatique. Sa disparition accélérera l’effondrement des écosystèmes dont dépendent des millions de Congolais. Laisser mourir ce primate, c’est scier la branche sur laquelle nous sommes assis : famine, dérèglement climatique, perte irréversible de biodiversité.
Nous sommes à un point de non-retour. Sans déploiement immédiat d’unités armées anti-braconnage, sans sanctions exemplaires allant jusqu’aux plus hauts niveaux de l’État, les derniers bonobos du Sankuru ne verront pas la prochaine décennie. Chaque jour de silence, chaque budget détourné, chaque complicité dissimulée est une balle supplémentaire dans le cœur de la forêt congolaise. Ce n’est plus une alerte, c’est un compte à rebours. Si nous n’agissons pas maintenant – avec une fermeté implacable – le Sankuru restera dans l’histoire comme le cimetière des bonobos, et le symbole d’une humanité qui aura choisi la lâcheté plutôt que la survie.
Par kilalopress