RDC : POLÉMIQUE autour de la feuille de route climat d’Ève Bazaiba suscite indignation et questions – COP30 à Kinshasa ou grand bluff écologique ? Le ministère de l’Environnement en perdition

Kilalopress | Kinshasa, 1er août 2025 – À l’approche de la COP30, prévue du 10 au 21 novembre prochain à Belém, au Brésil, la République démocratique du Congo tente de redorer son image environnementale. La ministre de l’Environnement et du Développement durable, Ève Bazaiba, y va de sa plume et de sa voix : elle présente une feuille de route aux allures d’incantation. Mais sous les beaux discours, l’édifice chancelle, rongé par l’opacité, les soupçons de mauvaise gestion et les critiques acerbes d’une société civile mise à l’écart.

Le 31 juillet, Ève Bazaiba dévoile une stratégie en cinq axes. On y trouve la valorisation des forêts tropicales, l’introduction d’un système de paiements climatiques par résultats, via le projet Tropical Forest Forever (TFFF), la création d’un centre régional du carbone, et la promesse d’un rôle accru pour les communautés locales. Une phase pilote est même annoncée à Songololo et Lukolela, où les populations recevraient une compensation financière via leurs téléphones. Sur le papier, l’espoir prend forme. Sur le terrain, le doute s’installe.

Car dans la coulisse, les financements sont lents, les fonds mal gérés et les institutions fragiles. Le CAFI, bras financier des engagements climatiques en Afrique centrale, et le FONAREDD, son pendant congolais, sont pointés du doigt. Leur fonctionnement est jugé opaque, leur gouvernance erratique. Les financements promis tardent : à peine 150 millions de dollars auraient été débloqués sur les 500 annoncés.

Où en est-on réellement avec le Fonds CAFI ? C’est la question que posent de plus en plus d’observateurs à Kinshasa. La RDC est-elle en mesure, aujourd’hui, de justifier ce retard avant le grand rendez-vous de Belém ? À en croire plusieurs experts du climat, la réponse pourrait être embarrassante. Nos sources dans l’administration publique évoquent une série de blocages internes, des conflits d’intérêts et un manque criant de coordination entre les acteurs nationaux.

Selon les lecteurs de Kilalopress, une lassitude s’installe. Beaucoup doutent de la capacité du pays à absorber correctement les financements, à les orienter efficacement vers les communautés locales et à garantir leur traçabilité. D’après certains responsables d’ONG, la complexité administrative et les lenteurs bureaucratiques seraient délibérément entretenues pour permettre un contrôle centralisé des fonds, au détriment de la transparence.

Quant au projet Tropical Forest Forever, qui fait tant rêver sur les tribunes internationales, il ne convainc guère sur le terrain. Un hectare de forêt sauvegardé pour 4 dollars ? Cela relèverait presque de la moquerie, tant les revenus issus de l’agriculture illégale ou de l’exploitation minière artisanale sont plus attractifs. Des critiques estiment que ce projet pourrait se transformer en instrument de greenwashing, où les forêts deviennent une simple valeur d’échange sur les marchés internationaux, sans réelle retombée pour les populations.

Un autre paradoxe choque les analystes : pendant que la ministre promet un corridor écologique entre Kinshasa et l’est du pays, plus de 70 % de cette zone recouvrirait désormais des blocs pétroliers attribués à des multinationales. Peut-on, dans le même souffle, protéger et exploiter ? La question reste entière.

En interne, le climat au ministère de l’Environnement serait tendu. À en croire la société civile, l’administration serait muselée, les cadres marginalisés, les voix dissidentes réprimées. Certains évoquent une gestion autoritaire des programmes, notamment celui du Programme de Gestion Durable des Forêts, financé par l’Agence française de développement. Il se dirait que des fonds importants y seraient gérés sans contrôle véritable, échappant aux procédures classiques de reddition des comptes.

Pendant ce temps, les forêts reculent. Les espèces disparaissent. Les communautés locales, censées être au cœur de l’agenda écologique, se sentent exclues du processus. Nos sources à Kinshasa affirment que plusieurs projets sont bloqués depuis plus de trois ans, faute d’accords clairs entre les différents partenaires, et que les appels d’offres tardent à produire des résultats concrets.

Si la RDC veut encore faire entendre sa voix à Belém, elle devra sortir de l’autosatisfaction institutionnelle et poser des actes forts. Il ne suffit pas d’annoncer des initiatives climatiques à coup de conférences de presse. Encore faut-il démontrer leur crédibilité, leur ancrage local, et surtout leur efficacité. La RDC est-elle réellement le « pays solution » qu’elle prétend être ? Ou joue-t-elle un rôle de figuration dans un théâtre international où les apparences priment sur les résultats ? Les six prochains mois seront décisifs. Le sommet de Belém pourrait consacrer un engagement sincère. Ou dévoiler, une fois de plus, le triste visage d’une diplomatie climatique fondée sur les promesses non tenues.

Par kilalopress

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