Kilalopress | Kinshasa, 1er août 2025- Une nouvelle réforme pour quel résultat ? C’est la question que soulève l’annonce du ministre des Hydrocarbures Sakombi Molendo, qui a lancé ce 31 juillet à Kinshasa un appel à la révision urgente du code pétrolier de 2015. Selon lui, le cadre légal actuel serait dépassé et bloquerait l’essor du secteur. Mais dans un monde qui s’éloigne du pétrole et une RDC incapable depuis 60 ans de tirer profit de ses ressources, faut-il encore s’acharner ?
Le ministre a dressé un constat sans appel : la RDC n’est qu’un petit producteur, classée 86e au monde, avec une production stagnante autour de 25 000 barils par jour. Les gisements sont terrestres, difficiles d’accès, et le pays n’a ni infrastructure moderne, ni marché clair, ni stabilité politique suffisante pour rassurer les investisseurs. Mais alors, pourquoi continuer à investir temps, argent et espoirs dans un secteur qui n’a jamais vraiment décollé ?
Depuis l’échec cuisant des appels d’offres en 2022 – où presque aucun acteur sérieux n’a répondu – le message est limpide : la RDC n’intéresse pas les grands acteurs pétroliers, même quand elle baisse la fiscalité ou modifie ses lois. Le ministre peut bien dénoncer les « failles » du code actuel – manque de transparence, fiscalité désorganisée, absence de fonds de réserve – cela n’explique pas pourquoi le pétrole congolais reste enfoui pendant que le monde avance.
Car pendant que Kinshasa rêve de barils et de bonus, la planète tourne la page du pétrole. Le monde entier investit désormais dans les énergies renouvelables, l’électrification des transports, la protection de l’environnement. Même les grandes compagnies pétrolières se diversifient ou quittent les marchés trop risqués. Et la RDC, sans raffinerie digne de ce nom, sans routes, sans pipeline, sans vision énergétique durable, pense encore séduire avec des blocs « onshore » ?
La vérité est peut-être ailleurs. L’obsession pour le pétrole en RDC cache souvent un agenda politique, une volonté de maintenir le contrôle sur des blocs à des fins non économiques. Reformuler le code est une manœuvre politique classique, mais ce n’est pas cela qui développera le pays. Plutôt que de poursuivre un mirage vieux de 50 ans, la RDC ferait mieux de prioriser des secteurs qui parlent aux Congolais : l’agriculture, l’énergie solaire, la transformation locale, l’éducation. Ces secteurs sont moins polluants, plus inclusifs, et surtout mieux adaptés aux réalités du pays.
Le pétrole, c’est un pari risqué, à long terme, pour des bénéfices incertains. Même si les bassins sédimentaires sont prometteurs sur le papier, ils ne valent rien sans stabilité, sans infrastructure, sans volonté claire de rupture avec les pratiques opaques du passé. Et ce n’est pas un nouveau code, aussi bien rédigé soit-il, qui changera cette donne. Alors, oui, la réforme annoncée peut faire joli dans un discours. Mais est-ce vraiment ce dont la RDC a besoin aujourd’hui ? À vouloir trop jouer à la course du pétrole, le pays risque encore une fois de passer à côté de son vrai potentiel.
Par kilalopress