Tshopo : tirs à balles réelles sur des pygmées en manifestation contre l’exploitation forestière de Booming Green à Yahuma, frustration des communautés face à la forêt menacée

Dans la province de Tshopo, des membres de la communauté de Yahuma (groupement Bokala, secteur Buma) affirment avoir été éventuellement visés par des tirs à balles réelles lors d’une manifestation qui aurait été organisée contre les activités forestières de Booming Green, le 2 février 2026. Selon des sources locales et des images diffusées sur les réseaux sociaux, il semblerait que les habitants dénoncent une exploitation possiblement militarisée et une absence de retombées sociales significatives.

« Nous ne voudrions pas que l’on se joue de notre village. Nous ne serions ni vos hommes, ni vos gibiers à abattre. Il conviendrait de cesser ce type d’attitude. Ce seraient vous, selon nos interlocuteurs, qui auriez provoqué la colère des peuples autochtones. Il faudrait qu’on leur demande de se comporter correctement avec nous. Serait-on de retour à l’époque coloniale ? »

La colère paraîtrait avoir monté cette semaine depuis le cœur forestier de Tshopo, portée par des images virales sur les réseaux sociaux. À Yahuma, dans le groupement Bokala, secteur Buma, cette communauté pourrait s’être retrouvée au centre d’un scandale aux implications lourdes. Selon plusieurs sources locales, certains membres de la communauté auraient pu essuyer des tirs à balles réelles lors d’une manifestation liée aux activités d’exploitation forestière menées par la société Booming Green.

Dans la vidéo largement relayée depuis le 2 février 2026, un chef coutumier, revêtu de ses tenues traditionnelles, exprimerait une indignation dépassant sa seule personne. Sa voix, selon des témoins, tremblerait davantage de stupeur que de peur, face à ce qu’il qualifierait de violence inacceptable infligée à sa communauté sur ses propres terres. D’après des témoignages recueillis sur place et recoupés par plusieurs observateurs indépendants, la mobilisation aurait visé à dénoncer les conditions dans lesquelles s’opérerait l’exploitation du bois d’œuvre dans cette zone forestière, ainsi que l’absence supposée de retombées sociales pour les populations riveraines.

Au cœur des accusations formulées par les habitants figurerait la militarisation présumée de l’exploitation forestière. Des acteurs communautaires affirment que Booming Green pourrait avoir recours à des militaires et à des armes de guerre pour sécuriser ses opérations et dissuader toute contestation locale. Si ces allégations demeurent à établir par des enquêtes indépendantes, leur répétition constante dans les récits locaux poserait de sérieuses questions sur les mécanismes de gouvernance encadrant l’exploitation des ressources forestières en RDC.

La zone de Yahuma, comme de nombreuses autres régions forestières du pays, serait habitée par des communautés autochtones, notamment pygmées, dont le mode de vie resterait intimement lié à la forêt. Pour ces populations, la forêt ne serait ni un simple gisement économique ni une frontière administrative : elle constituerait un espace vital, culturel et spirituel. À en croire certaines analyses, la tension observée pourrait refléter une collision brutale entre deux logiques : celle d’une exploitation industrielle tournée vers l’exportation du bois d’œuvre, et celle de communautés locales laissées en marge de décisions qui engagent pourtant leur survie.

La question qui se poserait désormais dépasserait largement le cas d’une entreprise. Elle toucherait au rôle des autorités publiques qui octroient des contrats forestiers dans des zones habitées, sans que les garanties de protection des populations et de leurs droits fondamentaux paraissent toujours effectives. Qui autoriserait ces concessions ? Sur quelles bases sociales et environnementales seraient-elles accordées ? Et surtout, quels mécanismes de contrôle existeraient lorsque l’exploitation dégénérerait en affrontements armés, selon les dénonciations locales ?

D’après des observateurs du secteur forestier, la faible mise en œuvre des cahiers des charges sociaux serait l’un des angles morts de la gouvernance environnementale en RDC. Routes promises mais jamais achevées, infrastructures sociales absentes, concertation avec les chefs coutumiers insuffisante : ces manquements, documentés dans plusieurs territoires forestiers, pourraient alimenter une frustration susceptible d’exploser à tout moment. À Yahuma, cette frustration aurait pris la forme d’une contestation possiblement réprimée, si l’on en croit les images et témoignages diffusés. Le silence des autorités compétentes, jusqu’à présent, renforcerait le sentiment d’abandon exprimé par les habitants. Selon des acteurs locaux, ce mutisme institutionnel serait perçu comme une validation tacite d’un modèle d’exploitation où la sécurité des investissements primerait sur celle des personnes.

Dans un pays qui se présente comme un pilier mondial de la lutte contre le changement climatique grâce à ses forêts, la scène qui se jouerait à Bokala poserait une question dérangeante : pourrait-on continuer à brandir l’argument écologique à l’international tout en tolérant, sur le terrain, des pratiques mettant potentiellement en péril la vie des communautés censées être les premières gardiennes de ces forêts ?

Les événements survenus cette semaine à Yahuma ne relèveraient pas d’un simple fait divers local. Ils constitueraient un signal d’alerte sur la dérive possible d’une exploitation forestière déconnectée des réalités humaines et sur la responsabilité directe ou indirecte de ceux qui en fixeraient les règles. Notre rédaction aurait tenté de joindre la société Booming Green afin d’obtenir sa version des faits et ses explications sur l’usage présumé de forces armées et la gestion des communautés locales, mais ces démarches seraient restées sans réponse à ce jour.

Tant que la lumière ne serait pas faite sur les tirs rapportés, sur l’usage présumé de forces armées et sur les conditions d’octroi des contrats à Booming Green, la colère des populations locales pourrait s’étendre bien au-delà des limites du secteur Buma. À Yahuma, la forêt continuerait de tomber, mais c’est la confiance entre l’État, les entreprises et les communautés qui semblerait déjà profondément abattue.

Par kilalopress

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