Kabambare – Le territoire de Kabambare est en train de mourir à petit feu. C’est le constat glaçant qui se dégage d’une correspondance adressée à la Première ministre Judith Suminwa, dont une copie est parvenue à KilaloPress. Un document rédigé par les défenseurs environnementaux de la SOCEARUCO, véritable cri du cœur lancé depuis les profondeurs d’une forêt défigurée, pillée, trahie.
Dans ce plaidoyer au ton grave, les auteurs dénoncent une déforestation massive, brutale, illégale, orchestrée avec méthode et impunité. À Kabambare, la modernisation tant vantée au nom de la lutte contre le changement climatique semble avoir pris une tout autre forme : celle d’un pillage industriel des bois rouges et du précieux Mufula, au profit de réseaux mafieux transfrontaliers et au détriment des populations autochtones.
La lettre accuse sans détour : derrière ce pillage, des commissionnaires rwandais, opérant en sous-main à travers des complices locaux, fils du terroir devenus marionnettes de l’exploitation illégale. Ces faux exploitants locaux sacrifient les intérêts collectifs de leurs communautés sur l’autel du profit personnel, le tout avec la complicité active ou le silence intéressé des autorités politico-administratives locales. Une déforestation galopante, qualifiée dans le courrier d’“hémorragie environnementale”, qui n’épargne aucun recoin du secteur BB/Wamaza.

Les auteurs rappellent que, malgré une tentative d’interdiction formulée par l’administrateur du territoire de Kabambare le 15 avril 2024, les coupes de bois se poursuivent à un rythme effréné. Cette lettre est restée sans effet, ignorée, foulée au pied par ceux qui auraient dû en garantir l’application. Le commerce de bois s’effectue à ciel ouvert, sans traçabilité, sous les yeux d’une hiérarchie politique qui affiche, selon les termes de la lettre, “un œil impuissant”, voire complice. Les taxes perçues ne figurent sur aucun registre officiel, n’alimentent pas le Trésor public et ne servent aucune cause collective.
Ce drame environnemental s’accompagne d’un effondrement de la biodiversité : sécheresse, désertification, disparition d’espèces animales… Les communautés autochtones assistent à l’effacement progressif de leur écosystème, de leur mémoire forestière, de leur avenir. Un sabotage, dénoncent les auteurs, de la lutte universelle pour le climat et une violation flagrante des droits environnementaux.
La correspondance s’indigne avec force : alors que la République démocratique du Congo affiche ses ambitions sur le marché mondial du carbone, comment justifier que les forêts communautaires de Kabambare soient laissées à la merci d’intérêts privés et étrangers ? Comment comprendre que ces ressources stratégiques soient détruites à coups de machettes, de camions et de complicités, pendant que les communautés n’en tirent que des miettes, souvent teintées de sang et de corruption ?
La lettre met en lumière une corruption endémique, nourrie par des “liasses de billets” distribuées par les exploitants pour museler les voix dissidentes. Des menaces de mort ont été proférées à l’encontre des membres de la SOCEARUCO, qui refusent de se taire, malgré les risques. Ces militants de terrain dénoncent également l’achat du silence de certains chefs locaux, récupérés et manipulés pour ouvrir grand les portes de la forêt à une déforestation qui ne dit pas son nom.
Face à cette situation explosive, les auteurs de la correspondance plaident pour une intervention urgente du gouvernement central. Ils demandent la sécurisation immédiate des forêts communautaires, leur intégration dans les mécanismes de conservation et de crédits carbone, et la protection effective des activistes environnementaux, aujourd’hui laissés seuls face à un système mafieux et violent.

Ils réclament que les auteurs des menaces, les exploitants illégaux et leurs soutiens locaux soient traduits en justice, et que les droits environnementaux des communautés locales soient enfin reconnus et protégés.
Ce document, est bien plus qu’un appel à l’aide. C’est une alerte rouge, un acte de résistance, une dénonciation que le gouvernement ne peut plus ignorer sans devenir lui-même complice d’un écocide. Ce qui se joue à Kabambare, c’est la dignité d’un peuple, la survie d’un écosystème, et l’honnêteté de tout un pays face à ses engagements climatiques. Kabambare saigne. Qui aura le courage de l’écouter ?
Par kilalopress