Watsa, Haut-Uélé – À quelques kilomètres de l’une des plus grandes mines d’or d’Afrique, un panneau en bois annonce fièrement : « Ministère des Mines – Antenne minière de Wamba – Poste minier de Vatican ». Mais derrière ce titre pompeux se cache une cabane de terre battue et de branchages, coiffée d’une bâche trouée. C’est là que des agents censés contrôler l’une des plus riches exploitations aurifères du continent travaillent chaque jour, parfois sous la pluie.
Pendant ce temps, Barrick Gold Corporation, opérateur canadien coté à la bourse de New York et véritable géant nord-américain de l’or, affiche des résultats insolents : « Selon le rapport annuel 2024 de Barrick Gold (consultable sur le site de la société), la mine de Kibali a produit environ 750 000 onces d’or, pour des revenus estimés à plus d’un milliard de dollars. » Les autres actionnaires, AngloGold Ashanti (Afrique du Sud) et la société publique congolaise Sokimo, encaissent eux aussi leur part.
Comment expliquer qu’un gisement qui rapporte des centaines de millions de dollars à ses partenaires étrangers laisse l’administration congolaise travailler dans des conditions dignes d’un campement de fortune ?
La question est d’autant plus choquante que la fiscalité minière congolaise prévoit des royalties, des taxes et des dividendes destinés à financer les services publics. Où passe cet argent ? Qui, à Kinshasa ou dans la province, empoche les recettes pendant que le poste minier de Wamba s’effrite ?

Les habitants du Haut-Uélé connaissent la réponse : la manne de l’or se perd dans un labyrinthe d’intérêts privés, de clientélisme et de corruption. Routes défoncées, écoles sous-équipées, hôpitaux en ruine – voilà le quotidien d’une province qui abrite pourtant l’un des plus puissants gisements du continent. Ce contraste est devenu un symbole national de l’abandon de l’État : un gouvernement qui « privilégie les intérêts individuels au détriment du bien public », selon les mots de nombreux acteurs de la société civile locale.
Plusieurs analystes congolais comme Alfonsine en voyant cette image pensent que la République démocratique du Congo ne peut plus se contenter de slogans. » Il est urgent que le gouvernement exige la transparence totale sur les revenus de Kibali, qu’il investisse dans des infrastructures dignes de ce nom et qu’il mette fin à la fuite des recettes publiques.«
Car à quoi bon être l’un des plus grands producteurs d’or d’Afrique si l’administration qui en contrôle l’extraction travaille dans une hutte de boue ?
Par kilalopress