Isiro – Une délégation mixte de la vice-primature à l’Intérieur et de l’Institut national géographique (IGN) séjourne depuis mardi 9 septembre en Haut-Uele pour clarifier les limites entre les territoires de Dungu-Niangara, Dungu-Faradje et Dungu-Watsa. Officiellement, il s’agit de « préserver l’unité et la paix sociale », selon le chef de mission Jean-Marc Lukombo, conseiller du vice-premier ministre de l’Intérieur. Mais derrière ce langage administratif se cache un enjeu bien plus brûlant : la protection des droits des communautés locales, souvent piétinés par l’appétit des multinationales minières et par la passivité de certaines autorités provinciales.
Dans la salle de l’hôtel de la Défense à Isiro, les données satellitaires projetées par les experts de l’IGN ont impressionné l’auditoire. Elles devraient, à terme, guider la démarcation officielle. Pourtant, les habitants de Watsa et de Mégé savent que les lignes tracées sur un écran ne suffiront pas. Depuis des années, ces communautés dénoncent les expulsions forcées, les concessions minières attribuées au mépris de la Constitution, et l’incapacité des responsables locaux à faire respecter leurs droits coutumiers.

Le gouverneur intérimaire Jacques Anzatepedanga a répété l’appel à « l’unité » et au « dialogue ». Le député provincial Siuka Makofi Floribert a, lui, rappelé que « sans la paix, rien ne sera fait ». Des paroles apaisantes, certes, mais qui risquent de rester lettres mortes si cette mission ne s’attaque pas à la racine du problème : l’empiètement continu sur les terres des communautés, souvent au profit d’intérêts privés puissants.
La descente annoncée jusqu’à Sambia, épicentre d’un conflit en janvier dernier, sera le véritable test. Les experts de Kinshasa doivent aller au-delà d’un simple relevé topographique. Ils doivent consigner les témoignages des chefs coutumiers, documenter les violations passées, et recommander des mécanismes contraignants pour que plus aucune entreprise – nationale ou étrangère – ne puisse chasser des villageois au gré d’un permis minier.

Depuis le découpage administratif de 2015, les disputes de frontières internes empoisonnent plusieurs provinces, mais le Haut-Uele, riche en or, en est l’exemple le plus criant. L’État congolais a l’obligation, inscrite dans la Constitution, de protéger les terres et les droits des communautés. La mission actuelle doit donc être l’occasion de réaffirmer cette responsabilité. Faute de quoi, la « clarification des limites » restera un slogan, et les habitants de Mégé, de Watsa et des villages voisins continueront d’être les victimes silencieuses d’une géographie dictée par l’argent.
Il appartient maintenant aux experts, aux élus provinciaux et au gouvernement central de prouver que la paix qu’ils invoquent n’est pas seulement un mot, mais un engagement concret pour la justice et la dignité des populations du Haut-Uele.
Par kilalopress