Kinshasa – Une gifle à la loi, un coup de hache à la forêt. La dernière note circulaire du ministre de l’agricultureapres sa tournée Muhindo Nzangi, expédiée à tous les gouverneurs de province, fait l’effet d’une bombe. Sous prétexte de mettre fin à la « tracasserie fiscale » subie par les opérateurs agricoles, le ministre prétend que ce secteur relève exclusivement de la loi n°11/022 du 24 décembre 2011 sur les principes fondamentaux de l’agriculture.
Ce raccourci juridique est plus qu’une erreur : c’est un appel déguisé à la déforestation, dénoncent juristes, environnementalistes et simples citoyens. « Donc, comme pour dire que seule la loi sur l’agriculture est applicable ? C’est quel raisonnement ça ! » lâche un militant. Un autre tranche : « Le pays est malade, même au sommet de l’État. »
La circulaire piétine un texte fondamental : l’article 53 du Code forestier (loi n°011/2002), qui interdit toute conversion de forêt en terres agricoles sans plan d’aménagement approuvé et autorisation préalable. Dans l’article 53 du Code forestier a son Alinéa 1 : Toute conversion de forêt à d’autres fins, notamment agricoles, est subordonnée à un plan d’aménagement approuvé.
Alinéa 2 : Les terres forestières ne peuvent être défrichées sans autorisation préalable de l’administration compétente.

« Le cabinet devait lire avant d’écrire ! » tonne un juriste. D’autres réclament purement et simplement des sanctions severe contre le cabinet : « Il doit limoger son conseiller juridique, c’est une honte nationale. » Dans un pays déjà sous la pression des trafiquants de bois et des agro-industriels, ce texte est vu comme une autorisation tacite de saccage. « Ridicule, irresponsable, suicidaire pour le climat », s’indigne un expert.
Et pendant que la planète compte sur la RDC pour protéger le deuxième poumon vert du monde, le ministre semble prêt à sacrifier les forêts pour calmer quelques lobbies agricoles. Les critiques rappellent que la RDC dispose d’immenses savanes fertiles. « Le manioc, le maïs, la pomme de terre poussent très bien en savane. Qu’on foute la paix à nos forêts ! » tonne un environnementaliste.
En limitant sa circulaire à la loi agricole de 2011, Nzangi ne signe pas seulement un texte maladroit : il donne aux exploitants une arme juridique pour abattre les forêts. Dans un contexte de crise climatique, cette note relève de la provocation pure et simple. Les organisations environnementales exigent son retrait immédiat et certains appellent déjà à une enquête parlementaire pour mettre fin à ce qui ressemble à une trahison d’État.
Par kilalopress