À l’est de la République démocratique du Congo, la guerre ne se mène pas seulement avec des armes. Elle se finance aussi à coups de tronçonneuses, de planches et de sacs de charbon de bois. Selon une note d’alerte publiée par le Mouvement Citoyen Paysan Debout, à travers FORED-ONG (Forces pour la Défense de l’Environnement et du Développement), le M23 serait profondément impliqué dans l’exploitation illégale des ressources forestières dans les zones qu’il contrôle ou influence.
Créée en 2015 à Bunia (Ituri), FORED est une organisation de la société civile engagée pour le bien-être des communautés et la protection de l’environnement. Son analyse met en lumière un pan souvent sous-estimé du conflit : l’économie forestière illégale comme pilier du financement rebelle.
Dans plusieurs territoires du Nord-Kivu, notamment autour des axes Kitshanga–Mushaki et dans certaines zones périphériques du parc national des Virunga, le M23 impose des taxes illégales sur le transport du bois. Il ne s’agit pas d’actes isolés, mais d’un mécanisme structuré.
FORED documente qu’en quelques mois, plus de 125 camions transportant des planches ont été taxés par le groupe armé, générant plus de 65 000 dollars américains. À ce rythme, les recettes annuelles issues de ce seul segment pourraient dépasser 300 000 dollars.
Ces prélèvements fonctionnent comme de véritables impôts de guerre, consolidant une administration rebelle qui se substitue à l’État congolais. Le bois devient alors non seulement une marchandise, mais une ressource stratégique au service du conflit.

Le constat de FORED révèle également que le M23 a contrôlé — directement ou indirectement — des zones d’exploitation forestière illégale, notamment dans le secteur de Mikeno, au sein du parc des Virunga, ainsi que le long des frontières de Nyiragongo et Rutshuru.
Dans ces espaces, le groupe armé ne procède pas toujours lui-même à l’abattage. Il autorise ou tolère l’exploitation par des civils ou de petits producteurs, tout en taxant la production ou le transport. Ce modèle hybride permet au M23 de tirer des revenus substantiels, sans assumer ouvertement toute la chaîne de production.
Sur le plan juridique, cette situation constitue une violation flagrante du droit congolais, qui interdit toute exploitation forestière dans les aires protégées, mais aussi du droit international humanitaire, qui prohibe le pillage des ressources naturelles en période de conflit.
Les recettes issues du bois et du charbon de bois servent à financer les opérations militaires et le fonctionnement administratif du M23 dans les zones occupées. Plusieurs organisations de défense des droits humains et de l’environnement, citées par FORED, soulignent que ces ressources contribuent à renforcer une gouvernance locale parallèle, érodant davantage l’autorité de l’État.
Ce lien entre ressources naturelles et groupes armés n’est pas nouveau en RDC. Mais le cas du bois illustre une mutation du crime environnemental : moins visible que les minerais, il est tout aussi destructeur, et parfois plus rentable à court terme.
L’impact environnemental est alarmant. L’occupation de zones forestières par des groupes armés entraîne une désorganisation totale des mécanismes de conservation. Les écogardes sont chassés ou réduits au silence, les contrôles disparaissent, et la forêt devient une zone de non-droit.

FORED note qu’à Kahuzi-Biega, comme dans d’autres paysages forestiers de l’est du pays, l’ouverture de pistes illégales et l’essor du charbon de bois ont conduit à des pertes forestières bien supérieures à celles observées les années précédentes.
Même lorsque les rebelles ne coupent pas directement les arbres, le simple fait de permettre, protéger ou taxer ce commerce illégal accélère la déforestation et compromet durablement la biodiversité.
L’analyse du Mouvement Citoyen Paysan Debout / FORED-ONG pose une question centrale : comment protéger les forêts congolaises tant que les groupes armés continuent d’en tirer profit en toute impunité ? La lutte contre le M23 ne peut être uniquement militaire. Elle doit aussi être économique, environnementale et judiciaire, en ciblant les circuits de financement issus des ressources naturelles.
Dans un pays qui abrite une part essentielle du bassin du Congo, deuxième poumon vert de la planète, laisser le bois financer la guerre revient à sacrifier l’environnement au profit du conflit — et, à terme, à hypothéquer l’avenir des communautés locales.
Par kilalopress
Bonjour,
Merci beaucoup pour l’article, les populations congolaises ont droits d’être informées !