Le dernier rapport du Groupe d’experts des Nations unies sur la RDC, publié le 6 mai 2025, était censé éclairer les zones d’ombre autour de l’exploitation minière dans l’Est du pays. Pourtant, à en croire la Société Civile Forces Vives de la RDC (SCFV-RDC), ce document de 258 pages ressemble davantage à un coup d’épée dans l’eau qu’à une véritable boussole pour la justice économique et environnementale.
Dans une déclaration rendue publique le 20 août à Kinshasa, la SCFV, par la voix de son coordinateur Jean-Bosco Lalo Kpasha, dit reconnaître l’intérêt de la communauté internationale pour la transparence dans le secteur minier. Mais elle ne cache pas son exaspération : les mines d’or continuent de saigner la terre congolaise sans nourrir ses enfants.
Et pour cause : les principales zones d’exploitation aurifère — Mambasa, Lubero, Walikale, Beni, Shabunda, Mwenga — n’ont même pas été couvertes dans le rapport. Des zones où l’or est pourtant extrait à ciel ouvert, souvent sous la protection implicite d’acteurs étatiques. L’absence d’analyse sur l’implication de certains éléments des FARDC et de la PNC, malgré l’interdiction de leur présence sur les sites miniers, laisse planer un silence lourd de sens.
Plus encore, aucune mention n’est faite des entreprises chinoises, pourtant omniprésentes et largement dominantes dans les zones minières de l’Est. Ces opérateurs, censés exercer des activités artisanales, utiliseraient en réalité des engins industriels lourds, creusant sans vergogne dans des rivières, détruisant les terres agricoles, et étouffant toute tentative d’organisation des coopératives locales. Pendant ce temps, l’État congolais perd des millions en recettes fiscales — et personne ne semble vouloir y remédier. Dans ce contexte, la SCFV parle sans détour de pillage. Un pillage moderne, méthodique, maquillé sous des licences légales, mais qui ruine les écosystèmes et condamne les générations futures à hériter de trous béants et de sols stériles.
Autre point de discorde : le rôle de la MONUSCO, après plus de deux décennies de présence dans l’Est. Pour la SCFV, son efficacité reste à démontrer. Le rapport, lui, évite soigneusement la question, comme s’il était désormais convenu de ne plus attendre grand-chose de cette force onusienne, ni en matière de protection des civils, ni en matière de lutte contre l’exploitation illicite des ressources. Pire encore : certaines conclusions du rapport seraient déjà utilisées, selon la société civile, comme prétexte à des tracasseries administratives, des arrestations arbitraires et des extorsions ciblées, notamment en Ituri. Ce qui devait être un outil d’assainissement est, dans les faits, devenu un instrument de répression.
Face à cette dérive, la SCFV formule plusieurs recommandations fermes : au gouvernement, d’enquêter sérieusement sur les entreprises minières chinoises, de mettre fin à la complaisance vis-à-vis des opérateurs illégaux et d’utiliser les données du rapport non pour punir les petits, mais pour réguler les gros. Quant au Conseil de sécurité de l’ONU, il est invité à revoir sa copie : évaluer l’impact réel de la MONUSCO, interroger son mandat et mesurer ce qu’elle a — ou n’a pas — accompli en matière de stabilisation. Dans les sous-sols de l’Est congolais, l’or est toujours là. Mais il n’éclaire pas les écoles, ne construit pas les routes, ne soigne pas les enfants. Il finance les puissants, les groupes armés, et des entreprises venues de loin. Et tant que ces réalités seront ignorées ou édulcorées dans les rapports officiels, le pillage continuera de s’écrire en lettres dorées sur le dos d’un peuple qui n’en voit jamais la couleure.
Par Kilalopress