À mesure que les volumes de déchets s’accumulent dans les grandes villes congolaises, la question du recyclage cesse d’être un simple slogan pour s’imposer comme un enjeu structurel, à la croisée de la santé publique, de l’économie urbaine et de la résilience environnementale.
En marge de la Journée mondiale du recyclage 2026, une voix s’est élevée pour rappeler une évidence souvent éludée : sans passage à l’acte, la sensibilisation seule ne suffit plus. À l’origine de cet appel, Nicole Menemene, dirigeante de Plasticorp, qui invite agences, organisations et citoyens de la République démocratique du Congo à interroger l’efficacité réelle des initiatives actuelles. Selon elle, l’écart persistant entre discours et mise en œuvre concrète constitue l’un des principaux freins à l’émergence d’une économie circulaire viable dans le pays.
Dans un contexte où les systèmes de gestion des déchets restent largement informels et fragmentés, le recyclage apparaît, d’après plusieurs acteurs du secteur, comme une opportunité sous-exploitée. Il ne s’agit plus uniquement de traiter des volumes de plastiques ou de matières organiques, mais de répondre simultanément à des défis interconnectés : limiter les risques sanitaires liés aux dépôts sauvages, créer des emplois locaux, produire des alternatives énergétiques et réduire la pression sur les écosystèmes.
« Le succès du recyclage passe par la cohérence entre nos pensées, nos paroles et nos actes », a déclaré Nicole Menemene. Une formule qui, au-delà de son apparente simplicité, traduit une exigence systémique : celle d’une responsabilité partagée. Parents, enseignants, fonctionnaires, agents humanitaires ou encore leaders religieux sont, selon elle, appelés à jouer un rôle actif dans la transformation des pratiques quotidiennes et dans la diffusion d’une culture de gestion durable des déchets.
Mais cette transformation, souligne-t-on dans plusieurs cercles spécialisés, ne saurait reposer uniquement sur les comportements individuels. Elle implique des choix politiques et économiques structurants. L’appel lancé vise notamment les décideurs publics et privés, invités à investir dans des infrastructures industrielles capables de traiter les déchets à grande échelle, tout en soutenant l’émergence de filières locales. La valorisation énergétique des déchets, encore marginale en RDC, est également évoquée comme une piste à explorer dans un pays confronté à un déficit chronique en énergie.
À l’appui de cette réflexion, des expériences menées ailleurs sont citées comme sources d’inspiration. En Côte d’Ivoire, des écoles ont été construites à partir de briques autobloquantes avec l’appui de l’UNICEF ; au Sénégal, des pupitres scolaires sont fabriqués à partir de matériaux recyclés ; tandis qu’en Europe, en Chine ou en Colombie, des projets industriels démontrent la faisabilité de solutions à grande échelle. Des exemples qui, selon les participants à ces dynamiques, illustrent moins des modèles à reproduire que des trajectoires possibles, adaptées à différents contextes.
Sur le terrain congolais, la question de la traçabilité des déchets, encore embryonnaire, constitue un autre défi. Elle conditionne pourtant la crédibilité des chaînes de recyclage et leur capacité à attirer des financements. Dans cette perspective, les citoyens et partenaires sont appelés à s’impliquer autrement : en privilégiant l’achat de produits recyclés, en suivant le parcours de leurs déchets, en soutenant financièrement les initiatives locales ou encore en préfinançant certaines productions pour sécuriser les investissements des entrepreneurs.
Au-delà des discours, certaines propositions cherchent déjà à ancrer le recyclage dans des usages concrets. Parmi elles, la construction d’écoles à partir de briques recyclées revient comme un exemple emblématique d’une approche intégrée, où la gestion des déchets devient un levier de développement social. Une telle orientation, si elle venait à se structurer, pourrait repositionner le recyclage non plus comme une activité marginale, mais comme un pilier potentiel des politiques publiques en matière d’environnement et d’aménagement. Reste que, dans un pays où les priorités budgétaires sont nombreuses et les capacités institutionnelles parfois limitées, la transition vers un système de recyclage efficace suppose des arbitrages complexes. Entre ambitions affichées et réalités opérationnelles, la cohérence évoquée par Nicole Menemene apparaît ainsi comme un horizon exigeant — mais difficilement contournable — pour inscrire durablement la gestion des déchets dans une logique de développement.
Par kilalopress