RDC– 05 Septembre 2025 – C’est un bonobo de plus qui a été tué hier le 03 septembre 2025 dans le territoire de Lodja, secteur de Nvunge, village ELONGO. Un cas qui illustre parfaitement le drame qui se joue. Ils sont là, dans les profondeurs de la forêt équatoriale, suspendus à la cime des arbres ou tapissant les clairières à la recherche de fruits.
Les grands singes – chimpanzés, bonobos, gorilles – vivent encore, mais survivent à peine. Loin de l’image romantique des documentaires animaliers, leur quotidien en République démocratique du Congo est marqué par la traque, la peur… et la mort. Et leur sort n’est pas qu’une tragédie pour la biodiversité. Il est devenu un danger pour l’humanité.
Depuis le 4 septembre 2025, la zone de santé de Bulape, dans le territoire de Mweka, est en état d’alerte. Une nouvelle épidémie d’Ebola vient d’être déclarée. Déjà 16 morts, dont 4 soignants, sur 28 cas suspects. Un virus qui revient hanter une région autrefois meurtrie en 2007, 2008 et 2011. Cette fois encore, les regards sont tournés vers un coupable silencieux : la chasse et la consommation de viande de brousse, notamment celle des grands singes.

« Ce n’est pas seulement le fait d’abattre une espèce totalement protégée, qui en soi est déjà un scandale », lance un vétérinaire Congolais, la gorge serrée, après avoir vu une cette vidéo où un bonobo décapité est manipulé à mains nues, la cervelle à vif, le sang coulant sur les doigts d’un chasseur dans le territoire de Lodja, secteur de Nvunge, village ELONGO. « Il suffit d’une écorchure, d’une coupure à l’ongle, et le virus passe. C’est comme ça qu’on ouvre la porte à l’Ebola. »

Cette scène n’est pas isolée. Chaque semaine, dans les marchés de plusieurs provinces forestiers en RDC, des carcasses de primates sont exposées, vendues, consommées. Pour certains, il s’agit de traditions, de survie. Mais à quel prix ? Le virus Ebola – zoonose transmise de l’animal à l’homme – trouve dans ces gestes quotidiens un terrain fertile.
Ce qui choque, ce n’est pas seulement la brutalité. C’est l’aveuglement, s’étonne un environnementaliste contacté au téléphone par kilalopress. « Les grands singes ne sont pas des animaux comme les autres. Ils sont nos plus proches cousins génétiques, partageant plus de 98 % de notre ADN. Ils vivent en groupes sociaux complexes, pleurent leurs morts, jouent avec leurs petits, soutiennent leurs blessés. » ajoute-t-il. Les scientifiques parlent d’eux avec respect, les communautés les abattent avec indifférence.
Et pourtant, ils sont les jardiniers de la forêt. En dispersant les graines, en maintenant l’équilibre des écosystèmes, ils sont indispensables à la régénération des forêts congolaises. Leur disparition met en péril bien plus que leur espèce : elle affaiblit toute la chaîne de vie.

Dans plusieurs provinces forestières du Congo, les populations locales sont souvent prises au piège de la pauvreté et du manque d’information. Elles sont victimes autant que responsables. Dans les écoles, il n’y a aucune sensibilisation sur les risques liés à la faune sauvage. Dans les marchés, aucun contrôle vétérinaire. Et dans les forêts, les pièges se referment autant sur les animaux que sur l’avenir des villages.
Les experts sont formels : protéger les grands singes, c’est aussi se protéger soi-même. »Chaque carcasse vendue, chaque animal manipulé sans précaution, rapproche un peu plus la prochaine épidémie. » La protection de la faune ne peut plus être vue comme un luxe ou une contrainte étrangère. Elle est devenue un impératif sanitaire, écologique et humain.
Le ministère de la Santé doit collaborer étroitement avec celui de l’Environnement, et surtout avec les communautés forestières, pour éduquer, prévenir, protéger. Des campagnes d’information doivent être lancées dans les langues locales, avec des relais communautaires respectés. Il est urgent de proposer des alternatives alimentaires et économiques viables.

Et si on regardait les grands singes autrement ? Et si, au lieu de les voir comme des proies, on les voyait comme des voisins, des parents lointains ? Des êtres qui rient, qui aiment, qui souffrent. Qui fuient quand ils entendent les hommes approcher. Qui se blottissent contre leurs petits, comme nous.
Jonas Bombwe, un environnementaliste de Miti dans le Sud-Kivu, pense qu’il faut faire beaucoup plus : « Il est temps de se souvenir que chaque virus, chaque mort, chaque larme dans les villages congolais a une racine profonde : la rupture entre l’homme et la nature. Restaurer ce lien, c’est peut-être, enfin, le début d’une guérison. »
Par kilalopress