À Muanda, seul site d’exploitation pétrolière de la République démocratique du Congo, les attentes des communautés locales restent élevées face aux impacts environnementaux et sociaux liés à l’industrie extractive. C’est dans ce contexte à la fois porteur d’opportunités économiques et marqué par des tensions persistantes que Avocats Sans Frontières (ASF) a procédé, ce mardi 31 mars 2026, au lancement officiel d’un nouveau projet dédié à l’accès à la justice et à la participation communautaire.
Organisée dans la salle Gloria 2, la cérémonie de lancement a réuni un large éventail d’acteurs : représentants des ministères provinciaux des Hydrocarbures et de l’Intérieur du Kongo Central, délégués de l’Agence nationale de l’environnement, autorités locales, entreprises pétrolières, organisations de la société civile ainsi que des membres des communautés locales. Une mobilisation qui illustre l’importance des enjeux liés à la gouvernance des ressources naturelles dans cette zone stratégique.
Intitulé « Encourager la participation communautaire pour renforcer l’accès à la justice et la protection des populations touchées par l’exploitation des ressources naturelles », le projet repose sur trois axes principaux : la sensibilisation des communautés aux enjeux de l’exploitation des ressources naturelles, le renforcement de leur capacité à revendiquer leurs droits, et la mise en place de mécanismes facilitant l’accès à la justice en cas de violations.
À travers cette initiative, ASF entend répondre à un défi majeur souvent observé dans les zones extractives : la difficulté pour les populations locales à faire valoir leurs droits face à des acteurs économiques puissants et à des mécanismes judiciaires parfois peu accessibles.
Car à Muanda, l’exploitation pétrolière, dominée par la société Perenco, s’inscrit dans une dynamique complexe. Malgré des annonces récentes de nouvelles découvertes et des perspectives d’expansion, l’activité continue de susciter des préoccupations au sein des communautés locales.

Plusieurs organisations de la société civile et habitants évoquent régulièrement des cas de pollution de l’air, des sols et des eaux, avec des répercussions sur la santé des populations, notamment des maladies respiratoires et cutanées. À cela s’ajoutent des impacts sur les moyens de subsistance, en particulier pour les pêcheurs et agriculteurs confrontés à la dégradation progressive de leur environnement.
Dans ce contexte, les initiatives visant à améliorer l’accès à la justice apparaissent comme un levier essentiel pour permettre aux communautés de faire entendre leurs préoccupations et d’obtenir réparation en cas de préjudice.
Le projet d’ASF s’inscrit également dans une dynamique plus large de renforcement de la gouvernance. En 2025, un audit gouvernemental a été lancé afin d’évaluer l’impact environnemental des activités pétrolières dans la zone, témoignant d’une prise de conscience croissante des défis à relever.
Au cours de la rencontre, un rapport de synthèse de la mission d’exploration a été partaցé par certains participants, suivi d’échanges nourris en questions, observations et recommandations. L’activité s’est clôturée par le lancement officiel du projet par le représentant du ministère provincial de l’Intérieur, qui a plaidé pour l’extension de ce type d’initiatives à l’ensemble de la province du Kongo Central.
À l’issue de l’atelier, les membres des communautés locales ont exprimé leur engagement envers ce projet, qu’ils perçoivent comme une opportunité de mieux défendre leurs droits dans un contexte où les enjeux environnementaux et sociaux restent particulièrement sensibles.

Après cette phase de lancement, la prochaine étape consistera en la mise en œuvre opérationnelle du projet sur plusieurs mois. Celle-ci sera assurée par un réseau d’acteurs locaux de la société civile, chargés de mener des actions de sensibilisation, de documenter les cas de violations et d’accompagner les démarches de plaidoyer. Si les attentes sont importantes, le véritable défi résidera dans la capacité du projet à produire des résultats concrets sur le terrain. Car au-delà de la sensibilisation, l’accès effectif à la justice demeure un enjeu central pour les communautés affectées par l’exploitation des ressources naturelles.
Dans cette perspective, l’initiative portée par Avocats Sans Frontières apparaît comme une étape importante vers une meilleure prise en compte des droits des populations locales, avec le potentiel de contribuer, à terme, à un modèle plus équilibré de gouvernance des ressources naturelles en République démocratique du Congo.
Par Nelson Tamba