Addis-Abeba, juillet 2025 — Dans un continent où les droits fonciers sont souvent à la croisée de la tradition, de la loi et du développement, la République démocratique du Congo (RDC) vient de franchir un pas décisif. Lors de l’atelier régional stratégique organisé par l’ALPC-CEA dans la capitale éthiopienne, la voix de la RDC s’est élevée avec clarté, portée par l’engagement lucide du Secrétaire général au Genre, Esther Kamuanya Biayi. Une intervention à forte teneur politique, mais surtout une déclaration de foi en un avenir plus inclusif.
À travers sa présence remarquée et son discours articulé, Madame Kamuanya Biayi a réaffirmé l’engagement du ministère congolais du Genre à intégrer systématiquement la dimension genre dès la conception des politiques publiques. Pour la RDC, cette approche n’est plus un idéal : elle est une exigence structurelle pour garantir un développement équitable et durable.
« Le genre doit être un fil conducteur dans toutes les réformes nationales pour garantir un développement inclusif et durable », a-t-elle déclaré avec force.
L’atelier d’Addis-Abeba n’a pas été qu’un simple événement diplomatique : il a permis la validation officielle du rapport d’évaluation sur l’intégration du genre dans la politique foncière nationale de la RDC, ainsi que la révision de la loi foncière de 1973. Ce processus, salué par les partenaires internationaux présents, représente un tournant historique pour les droits fonciers des femmes congolaises.

Esther Kamuanya Biayi a présenté, avec précision et conviction, les trois piliers qui forment la nouvelle stratégie nationale de gouvernance foncière sensible au genre. Le premier axe repose sur la réforme juridique et la production de textes d’application révisés, tenant compte des spécificités de genre. L’enjeu est de taille : l’absence prolongée de tels textes a longtemps empêché la mise en œuvre réelle de la loi. Désormais, le ministère du Genre, en étroite collaboration avec celui des Affaires foncières, entend valider et opérationnaliser ces mesures. Des activités spécifiques sont déjà en cours, comme la formation des instances locales décentralisées de gouvernance foncière, en particulier sur les droits des femmes à la terre. Il s’agit aussi d’organiser des dialogues multi-acteurs afin d’instaurer une dynamique de co-responsabilité autour de la gouvernance foncière inclusive, notamment dans les zones rurales.
Le second axe s’attaque au substrat culturel des inégalités. La persistance des coutumes, des pratiques rétrogrades et des stéréotypes sexistes constitue une entrave majeure à l’accès des femmes à la terre. Pour y répondre, le ministère du Genre prévoit une vaste campagne de communication visant à provoquer un changement de mentalité à tous les niveaux — du national au local. Une stratégie de sensibilisation sera développée et diffusée à travers des canaux variés, afin de rendre accessibles les informations sur les droits fonciers des femmes. Le ministère de la Justice a été intégré dans ce dispositif, en raison de la forte proportion de litiges fonciers traités dans les juridictions. À cela s’ajoute l’implication des conseils économiques et sociaux, ainsi que la promotion de dialogues intercommunautaires pour déconstruire les stéréotypes et les pratiques coutumières dévalorisantes à l’égard des femmes.
Enfin, le troisième axe, présenté comme un fondement technique indispensable, concerne la mise en place d’un cadre national de suivi et d’évaluation sensible au genre. En RDC, où la majorité de la population vit en milieu rural et dépend largement de l’agriculture, l’accès à la terre n’est pas un luxe, mais une condition de survie. C’est pourquoi la stratégie prévoit un dispositif rigoureux, mobilisant notamment l’Institut national des statistiques, chargé de produire des données désagrégées par sexe pour suivre les avancées. Ce mécanisme comprendra aussi la formation des acteurs de la société civile et de l’administration publique à l’analyse et à l’évaluation des politiques publiques sous l’angle du genre. Les ministères du Plan et de l’Agriculture sont appelés à jouer un rôle clé, dans une dynamique intersectorielle capable de croiser les enjeux fonciers, agricoles et sociaux.

Mais aucune de ces réformes, aussi ambitieuses soient-elles, ne pourra se concrétiser sans ressources financières. Le Secrétaire général au Genre n’a pas éludé cet enjeu crucial. L’absence de financement a été identifiée comme un risque majeur pour la mise en œuvre effective de la stratégie. À ce titre, Esther Kamuanya Biayi a plaidé avec insistance pour une mobilisation soutenue des partenaires techniques et financiers, publics comme privés. Des partenariats innovants sont recherchés pour garantir la viabilité de cette politique, dans un contexte où les femmes, surtout en milieu rural, peinent à faire valoir leurs droits faute d’accès aux mécanismes juridiques et économiques. Elle a également souligné l’importance d’accompagner les acteurs judiciaires et administratifs, mais aussi d’impliquer les chefs coutumiers et religieux comme relais du changement dans leurs communautés. Car le changement ne se décrète pas, il se construit dans la durée, dans les territoires, avec ceux qui façonnent encore les normes de pouvoir et d’accès à la terre.
Ce que la RDC démontre aujourd’hui à Addis-Abeba, c’est qu’un pays peut faire le pari de la transformation sociale en partant de ses propres réalités. Loin des slogans, le ministère du Genre pose les fondations d’une gouvernance foncière équitable, fondée sur la loi, la culture du droit, et la volonté de briser les inégalités à la racine. La participation de la RDC à ce grand salon africain n’aura pas été qu’institutionnelle : elle aura été un signal fort. Un message adressé à l’Afrique et au monde, porté par une voix féminine solide, exigeante et stratégiquement ancrée. Celle d’un pays qui, à travers ses femmes, ses institutions, et ses lois, ose rêver et agir pour un avenir où le genre est enfin au cœur de la RDC et ses territoires.
Par Franck zongwe Lukama