Sadiki Shemukobya Espoir, militant reconnu, coordonnateur national de l’Association Nationale des Victimes du Congo (ANVC) et membre actif du Réseau RODDDI-RDC, n’est pas un criminel. Il est aujourd’hui détenu depuis vingt-deux jours, arrêté le 6 juillet 2025 à Watsa alors qu’il menait une mission officielle sur le terrain. Son seul “tort” : avoir osé défendre les victimes des déplacements forcés et documenter les violations environnementales causées par les activités minières, notamment dans les zones sous l’influence directe de Kibali Gold Mine.
La scène était brutale : villages rasés, maisons détruites à coups de pelleteuses ou de pelles sous la pluie, familles acculées, priées par les forces de l’ordre elles-mêmes de démolir leur propre maison devant des caméras impassibles. C’est cette réalité, insoutenable et pourtant bien réelle, que Sadiki voulait rendre visible. C’est cette vérité, nue et dérangeante, qui a provoqué sa chute. Ce n’est pas un tribunal qui l’a arrêté, ni une plainte en bonne et due forme. C’est un ordre venu d’en haut, sans mandat clair, exécuté par l’administrateur du territoire de Watsa, Magayi Missa Dieudonné, désormais symbole d’un pouvoir local prêt à piétiner les lois nationales dès lors qu’elles protègent ceux qui dérangent.
Depuis ce jour, Sadiki est détenu dans des conditions de plus en plus préoccupantes. Vingt-deux jours de silence officiel, de mépris institutionnel et de souffrance physique. Selon des informations confirmées par KilaloPress et des défenseurs présents sur place, sa santé se détériore. Faute d’assistance médicale et de soins de base, il survit uniquement grâce à la solidarité des communautés qu’il défendait. Ces victimes, démunies mais reconnaissantes, organisent entre elles de petites cotisations pour lui acheter du sucre, du savon, ou de quoi tenir une journée de plus dans ce cachot d’injustice. L’image est insoutenable : un défenseur des droits humains, enfermé comme un malfrat, soutenu par ceux qu’il tentait de protéger. Inverser les rôles, voilà la méthode des puissants.
Et pourtant, aucune voix officielle ne s’élève. Pas un mot du ministère des droits humains. Pas de réaction de l’autorité provinciale. Pas même une justification de l’appareil judiciaire. L’arbitraire règne, la justice se tait. Triste illustration d’un pays où la loi ne protège plus les justes, mais les écrase. Mais les réseaux associatifs, eux, refusent de céder. Depuis Bukavu, Uvira, Kinshasa et bien au-delà, des voix s’élèvent pour exiger la libération immédiate de Sadiki. L’ANVC dénonce un acte d’humiliation délibéré contre l’un des plus fervents défenseurs des communautés déplacées. Le RODDDI parle d’une stratégie de terreur légalisée. L’UNICOPS, pour sa part, rappelle que dans cette même province du Haut-Uélé, des militaires tirent encore sur des civils, agissant comme en territoire conquis, pendant que l’État détourne les yeux.
Ce n’est plus une affaire locale. C’est une alerte nationale. Chaque jour de détention supplémentaire est un message clair : en République Démocratique du Congo, dire la vérité coûte la liberté. Défendre les pauvres, c’est risquer l’enfermement. S’opposer à l’ordre établi, c’est signer son isolement.
Que fait la justice congolaise ? Depuis quand l’arbitraire administratif supplante-t-il la loi nationale ? Pourquoi la détention de Sadiki ne provoque-t-elle pas une crise d’indignation collective ? Les faits sont là. Ils s’accumulent. Et ils accusent. Sadiki n’a ni volé, ni trahi, ni incité à la haine. Il a simplement visité un terrain où l’on détruit des vies au nom de l’or, pour en rendre compte. Il a écrit, filmé, observé. Il a défendu. Et pour cela, il a été privé de liberté, comme pour avertir tous les autres : ne regardez pas, ne parlez pas, ne vous mêlez pas.
Mais se taire, ce serait trahir. Abandonner Sadiki, ce serait valider sa détention. Il est urgent que les autorités congolaises prennent leurs responsabilités. Il est urgent que les partenaires internationaux, les ONG, les missions diplomatiques prennent acte de ce qui se joue ici : non seulement la vie d’un homme, mais le droit même d’exister pour toute une génération de défenseurs. Nous appelons à sa libération immédiate. Nous appelons à une enquête indépendante sur les circonstances de son arrestation. Nous appelons à la fin de cette culture de l’impunité qui tue la démocratie et réduit au silence ceux qui, pourtant, portent l’espoir. Sadiki Shemukobya Espoir n’est pas seul. Et il ne le sera jamais.
Par kilalopress