Réunis à Addis-Abeba lors de la 39ᵉ session ordinaire, les chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine ont débattu de l’accès durable à l’eau potable et à l’assainissement, alors que près de 400 millions d’Africains en restent privés. Ce choix, inscrit dans le cadre de l’Agenda 2063, vise à répondre aux impacts sanitaires, sociaux et climatiques qui freinent le développement du continent.
Dès les premières interventions, le thème retenu pour l’année 2026 s’est imposé comme un fil conducteur structurant des échanges. Garantir un accès durable à l’eau potable et à des services d’assainissement fiables n’a pas été présenté comme une simple priorité sectorielle, mais comme une condition préalable à la réalisation des ambitions portées par l’Agenda 2063. Selon les chiffres rappelés au cours des travaux, près de 400 millions d’Africains demeurent privés d’eau potable sécurisée, tandis que plus de 800 millions n’ont toujours pas accès à des installations sanitaires de base. Une réalité qui, d’après des observateurs présents au sommet, continue de freiner les progrès en matière de santé publique, de sécurité alimentaire et de développement économique, dans un contexte où les effets du changement climatique aggravent la pression sur les ressources hydriques.
Les discussions ont ainsi mis en lumière la nécessité d’une gestion plus stratégique et durable de l’eau, perçue comme un levier central du développement socio-économique. À en croire certaines analyses partagées en marge des séances plénières, la sécurité hydrique conditionne désormais autant la résilience des communautés que la stabilité des systèmes productifs, notamment agricoles et énergétiques, dans de nombreuses régions du continent.
Mais l’agenda de la session ne s’est pas limité à la question de l’eau. Les chefs d’État et de gouvernement ont également abordé, dans un climat d’échanges parfois tendus mais globalement consensuels, les enjeux de paix et de stabilité politique, considérés comme des moteurs indispensables de la croissance. L’intégration régionale, régulièrement invoquée comme catalyseur de coopération et de développement, a occupé une place notable dans les débats, tout comme la volonté de renforcer la voix collective de l’Afrique sur la scène internationale.
La dynamique de l’événement a été marquée par la présence de figures de premier plan. Le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, aux côtés du secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a insisté sur l’urgence d’une action concertée face aux défis structurels du continent. Tous deux ont réaffirmé leur engagement à soutenir les efforts africains en faveur d’un développement durable, appelant à dépasser les déclarations d’intention pour traduire les engagements en politiques concrètes et mesurables.
Un moment institutionnel fort est également venu ponctuer cette ouverture : l’élection du président burundais Évariste Ndayishimiye à la présidence tournante de l’Union africaine pour un mandat d’un an. Cette transition, opérée dans un esprit de continuité, a été présentée par plusieurs délégations comme un signal de stabilité du leadership continental, à un moment où la mise en œuvre des objectifs de long terme de l’Agenda 2063 demeure un chantier ouvert.
Au fil des interventions, un constat s’est imposé : la transformation ambitieuse de l’Afrique — industrialisation, diversification économique, développement humain et gouvernance renforcée — reste indissociable de la résolution de la crise de l’eau et de l’assainissement. Selon des sources proches des discussions, cette session a contribué à repositionner la question hydrique non plus comme un problème technique isolé, mais comme un enjeu transversal touchant à la dignité humaine, à la cohésion sociale et à la souveraineté économique. En refermant ses travaux, la 39ᵉ session a ainsi esquissé une trajectoire claire : celle d’un continent appelé à conjuguer coopération entre États, partenariats régionaux et engagement de la société civile pour faire de l’eau un socle du développement durable. Si les défis restent immenses, l’intensité des échanges à Addis-Abeba laisse entrevoir, estiment certains acteurs du secteur, une prise de conscience renouvelée quant à l’urgence d’agir collectivement pour transformer les ambitions africaines en réalités tangibles.
Par kilalopress