À Kinshasa, la Première ministre Judith Suminwa Tuluka a lancé le Programme régional d’appui au développement des infrastructures et de valorisation des ressources en eau transfrontalières (PREDIRE), initiative conjointe entre la République démocratique du Congo et la République centrafricaine. Le programme vise à améliorer l’accès à l’eau potable, développer des infrastructures hydrauliques et renforcer la coopération autour du bassin de l’Oubangui, avec l’appui de partenaires dont la Banque africaine de développement.
Autour des tables, les échanges traduisaient une attente palpable. Selon des sources locales présentes à la cérémonie, le PREDIRE est d’abord apparu comme une réponse concrète aux besoins quotidiens des populations riveraines de la rivière Oubangui, confrontées à l’accès inégal à l’eau potable, à la fragilité des infrastructures hydrauliques et à la vulnérabilité croissante face aux aléas climatiques. Le programme se veut une déclinaison opérationnelle de la gestion intégrée du bassin Congo–Ubangi–Sangha, en combinant développement d’ouvrages modernes, valorisation des ressources en eau et coopération transfrontalière.
D’après les éléments présentés lors du lancement, l’amélioration de l’accès à l’eau potable dans les zones urbaines et rurales figure au cœur des priorités, tout comme le déploiement d’infrastructures résilientes capables de faire face aux variations hydrologiques. L’accent mis sur l’irrigation agricole, estiment des observateurs du secteur, traduit la volonté de lier directement la question de l’eau à celle de la sécurité alimentaire, dans des territoires où l’agriculture reste largement dépendante des cycles naturels. À cela s’ajoutent des objectifs sociaux assumés : création d’emplois locaux et autonomisation des femmes, présentées comme des leviers indispensables pour ancrer le projet dans le tissu communautaire.
Parmi les réalisations annoncées, la construction d’une station de traitement d’eau potable à Gbadolite, dans la province du Nord-Ubangi, a retenu l’attention, tout comme l’installation de systèmes d’adduction d’eau alimentés par énergie solaire dans plusieurs localités frontalières. Ces choix techniques, à en croire certaines analyses partagées en marge de l’événement, visent à réduire la dépendance aux énergies fossiles tout en garantissant une continuité de service dans des zones enclavées.
Les projections officielles évoquent près de 2,4 millions de bénéficiaires directs, avec une priorité donnée aux communautés vulnérables et aux territoires ruraux longtemps laissés à l’écart des grands investissements. Ce chiffre, répété à plusieurs reprises durant la cérémonie, a servi de fil conducteur aux interventions, soulignant l’ampleur des attentes et la responsabilité qui accompagne leur mise en œuvre.

Au-delà des infrastructures, le PREDIRE s’inscrit dans une lecture géopolitique de l’eau comme ressource stratégique partagée. La coopération entre Kinshasa et Bangui apparaît ici comme un facteur de stabilité, dans un contexte marqué par la pression démographique et les effets déjà perceptibles du changement climatique sur les régimes hydriques. La présence de partenaires techniques et financiers, notamment la Banque africaine de développement, a renforcé la portée régionale de l’initiative, en l’alignant sur les priorités nationales de développement rural, d’infrastructures et d’intégration régionale.
Dans son allocution, la cheffe du gouvernement a insisté sur la nécessité de dépasser une vision strictement naturaliste de l’eau, pour en faire un levier de transformation économique et de cohésion sociale. Cette déclaration, reprise par plusieurs participants, a donné le ton d’un programme présenté comme structurant, à la croisée des enjeux environnementaux et socio-économiques. En lançant officiellement le PREDIRE, la République démocratique du Congo et la République centrafricaine franchissent ainsi une étape décisive vers une gestion concertée des eaux de l’Oubangui. Reste désormais l’épreuve du terrain : celle où les promesses institutionnelles devront se traduire, durablement, en améliorations tangibles pour les populations et les écosystèmes qui dépendent de ce fleuve partagé.
Par kilalopress