À Manono, dans la province du Tanganyika, la République démocratique du Congo abrite l’un des plus vastes gisements de lithium en roche dure encore inexploités au monde. Ce métal, indispensable à la transition énergétique des batteries de véhicules électriques aux systèmes de stockage d’énergie , place la RDC au centre d’un marché mondial stratégique. Mais, selon l’ONG Resource Matters, derrière cette opportunité se dessine une série de fragilités institutionnelles et financières qui pourraient limiter le bénéfice collectif de cette richesse géologique.
Le lithium de Manono pourrait renforcer les réserves de devises, augmenter les recettes fiscales et donner à Kinshasa un levier dans les négociations internationales sur les minerais critiques. Toutefois, Resource Matters alerte sur plusieurs signaux qui reflètent des problèmes récurrents de gouvernance minière, similaires à ceux observés dans le cuivre et le cobalt.
Au cœur du dispositif se trouve la Cominière, société publique congolaise, engagée dans des partenariats avec des entreprises étrangères. Sur le papier, ces coentreprises semblent conformes aux standards du secteur, mais dans la pratique, le projet de Manono est marqué par des recompositions capitalistiques, des contentieux juridiques et des opérations difficiles à suivre.
Le conflit persistant entre AVZ et la Cominière sur la partie sud du gisement est un exemple concret de fragilité. Ce différend sur les droits miniers et les parts de la coentreprise retarde les investissements, fragilise les permis et réduit la valeur de l’actif pour l’État.
D’autres signaux préoccupants incluent la gestion opaque des participations publiques, l’incertitude sur les bénéficiaires effectifs des sociétés impliquées, et la présence d’intermédiaires sans contribution visible à la production. Resource Matters souligne que ces facteurs, cumulés, créent un environnement propice aux arrangements opaques et à la captation de valeur au détriment des communautés et de l’État.
Le respect des procédures d’octroi des permis et la publication des contrats sont également au centre des préoccupations. Selon Resource Matters, l’accès partiel ou tardif aux contrats miniers empêche la société civile et les institutions de contrôle d’évaluer correctement la part de la rente captée par le pays et le respect des engagements sociaux et environnementaux.
Enfin, le manque de traçabilité d’un flux de 20 millions de dollars américains lié à AVZ illustre la fragilité des mécanismes de supervision financière. Resource Matters ne conclut pas à une corruption avérée mais met en avant l’accumulation de risques, avertissant que si ces signaux sont ignorés, les conséquences pourraient se traduire par une captation des richesses par une minorité, au détriment de la population.
Pour l’ONG, corriger cette trajectoire exige des mesures concrètes : renforcement des institutions de contrôle, transparence sur les bénéficiaires effectifs, publication intégrale des contrats et suivi rigoureux des flux financiers. L’implication des communautés locales dans le suivi des engagements sociaux et environnementaux est également indispensable.
Le lithium de Manono pourrait devenir un moteur du développement congolais et un atout dans la transition énergétique mondiale. Mais Resource Matters rappelle qu’en l’absence de gouvernance rigoureuse, cette richesse stratégique risque de reproduire un scénario connu : une opportunité transformée en source de tensions et de frustrations, dont les bénéfices échappent à ceux qui vivent sur ces terres.
Par kilalopress